Libreville. Sur les 105 hectares de Plaine Ayémé, à plus de 30 kilomètres de la capitale, quelque 92 000 panneaux solaires captent désormais le soleil de l’Estuaire au profit du réseau national. Samedi 5 septembre, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, accompagné du ministre du Commerce extérieur des Émirats arabes unis, a réceptionné la première phase de la centrale solaire construite par le groupe Solen. Une étape concrète dans l’effort engagé par les autorités pour renforcer la fourniture d’électricité du Grand Libreville.
Trente mégawatts, et surtout du stockage
La première tranche affiche une capacité de 30 MW en courant alternatif et 44 MW en courant continu, assortie d’un dispositif de stockage de 8 MWh par batteries. C’est ce stockage qui donne au projet sa singularité : il permet de restituer une partie de l’énergie produite en journée aux heures de forte demande, notamment en soirée, quand la consommation domestique culmine. Le Gabon se présente ainsi comme l’un des premiers pays d’Afrique centrale à exploiter une centrale solaire couplée à un stockage intégré.
Concrètement, cette puissance vient s’ajouter à l’offre disponible pour Libreville, Owendo et Akanda, les trois pôles du Grand Libreville. Elle contribue à diversifier un mix jusqu’ici largement dépendant de l’hydroélectricité et du thermique, et à sécuriser l’approvisionnement d’une zone où la demande progresse rapidement.
Une réponse à une demande en forte croissance
Le calendrier n’est pas anodin. La consommation électrique du Grand Libreville a fortement augmenté ces dernières années, portée par la croissance démographique et l’expansion urbaine de la capitale. Selon la SEEG, la demande progresse de près de 5 % par an, une dynamique que le parc de production existant peine à suivre. Dans ce contexte, chaque nouvel apport de puissance compte pour fiabiliser le service et alléger la pression sur le réseau.
À terme, le projet doit atteindre 120 MW et desservir quelque 45 000 foyers. Le coût global est annoncé à 150 millions d’euros, soit près de 99 milliards de francs CFA, dans le cadre d’un partenariat public-privé. Solen, filiale du groupe Equitane basé à Dubaï, exploitera l’ouvrage dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité de longue durée conclu avec l’État gabonais.
Pour le groupe, cette réception marque un point de départ autant qu’un aboutissement. « Cette première phase représente à la fois un accomplissement et le socle d’une ambition plus large », a déclaré Igor Simard, représentant de Solen Gabon.
Un maillon d’une stratégie énergétique élargie
Plaine Ayémé s’inscrit dans un ensemble de mesures engagées par les autorités pour redresser l’offre électrique. Le plan de redressement énergétique 2025-2028 mobilise plusieurs leviers : modernisation des lignes de transport, installation de nouvelles turbines à gaz à Owendo et renforts de production ailleurs dans le pays, à l’image des 50 MW récemment gagnés à Port-Gentil. La centrale solaire complète ce dispositif en apportant une source propre et compétitive au mix de l’Estuaire.
Le projet marque aussi une montée en puissance après plusieurs années de développement. Engagée dès 2022 et inaugurée une première fois en 2024, l’installation franchit avec cette réception une nouvelle étape en entrant pleinement dans une logique d’exploitation. Les travaux doivent se poursuivre pour la mise en service des tranches suivantes.
Pour les usagers du Grand Libreville, l’enjeu des prochains mois sera de mesurer, sur le terrain, la contribution de cette centrale à la stabilité de la fourniture. Une chose est acquise : avec Plaine Ayémé, le solaire fait désormais partie intégrante de l’équation énergétique de la capitale gabonaise.







