Il fut un temps où le 17 août tenait en une matinée. Un défilé, une tribune, des bottes au garde-à-vous, et l’affaire était pliée avant midi. Cette année, la Fête nationale s’étire sur huit jours. La présidence l’a annoncé dans un communiqué de son porte-parole, daté du 10 août, et le mot d’ordre y affleure sans fard : une nation ne célèbre vraiment son indépendance, écrit-elle, que lorsqu’elle peut montrer ce qu’elle bâtit. Traduction : la parade attendra. D’abord, on inaugure.
Et l’on inaugure beaucoup. Chaque matin porte son secteur, chaque secteur son ruban. Le mardi 11, ce sont les voiries du Grand Libreville, maires d’arrondissement rangés le long des chantiers comme autant de témoins. Le mercredi, la santé prend le relais, avec l’hôpital de la Peyrie, le centre de santé d’Akébé, un laboratoire national et des équipements pour le CHUL. Le jeudi 13 est le jour des hommes en armes, et il est copieux : états-majors de la Marine, des sapeurs-pompiers, du Régiment de parachutistes, sans oublier la DGCISM, le GB1 et la prison centrale. En une seule journée, tout l’appareil sécuritaire défile devant les ciseaux dorés.
Le vendredi 14 change de registre. On y passe du béton au marbre. Mausolée Léon Mba, marché de Mindoubé, patrouilleur remis à la Marine, et surtout réouverture de la cathédrale Sainte-Marie, dont le communiqué prend soin de préciser que le chef de l’État a personnellement veillé à l’achèvement. La mémoire, la foi et l’uniforme, dans le même carton d’invitation.
Puis viennent les invités. Le samedi 15, Oligui Nguema reçoit Félix-Antoine Tshisekedi, élu à la tête de la République démocratique du Congo. Le mardi 18, c’est Horta Inta-A Na Man, le président de Transition en Guinée-Bissau. L’homme qui dirige la transition installée à Bissau depuis le coup d’État du 26 novembre 2025, qui a renversé Umaro Sissoco Embaló.
Reste le cœur du dispositif. Le dimanche 16, place à la mémoire et aux décorations, entre hommage à feu Léon Mba, remise de médailles à l’esplanade du Sénat et inauguration de l’hôtel des Affaires étrangères. Le lundi 17, enfin, le grand jour : place Georges Damas Aleka inaugurée, montée des couleurs, puis la parade militaire tant attendue, arrivée en bout de course d’une semaine qui aura tout mis en scène avant elle.
En huit jours, le pouvoir gabonais ne se contente pas de fêter une date, il déroule un récit : celui d’un État qui construit, transforme, décore et reçoit. La communication devient une manière de gouverner, et le ruban tricolore, un instrument politique aussi sûr que le discours. Un peu plus d’un an après la présidentielle, Oligui Nguema convertit ses chantiers en argument.







