À peine quarante-huit heures après avoir lancé en grande pompe son dispositif exceptionnel d’approvisionnement en eau, le gouvernement a déjà dû en revoir les principaux paramètres. Par un communiqué n°2 publié le 2 juillet, le ministère de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Energie procède à une série d’ajustements qui ressemblent, dans les faits, à un rétropédalage assumé.
Tarifs revus à la hausse, opérateurs privés réintégrés dans le circuit de distribution, multiplication des numéros verts : ces corrections en disent long sur les difficultés rencontrées dès les premières heures d’un dispositif présenté, lundi encore, comme une réponse structurante à la crise de l’eau.
Un premier dispositif rapidement mis en défaut
Le ministère, dirigé par Philippe Tonangoye, ne cache pas les limites du système initial. Selon le communiqué, les remontées des parlementaires, des populations, des opérateurs économiques et de la société civile ont fait apparaître deux difficultés majeures : un approvisionnement insuffisant, et la saturation quasi immédiate du numéro vert unique, le 18, incapable d’absorber les sollicitations de toute une agglomération de près d’un million d’habitants.
Un constat que Le Confidentiel avait relevé dès le lancement de l’opération, en s’interrogeant sur la pertinence de centraliser toutes les demandes du Grand Libreville sur une seule ligne téléphonique.
Des tarifs finalement réévalués
Le tarif initialement fixé à 3 000 francs CFA le mètre cube disparaît au profit d’une nouvelle grille : 4 000 francs CFA le mètre cube, 800 francs CFA le fût de 200 litres, 400 francs CFA la livraison de 100 litres, et un nouveau palier à 2 000 francs CFA pour 500 litres.
Le ministère justifie cette révision, de l’ordre de 33 %, par la prise en compte d’exonérations sur les taxes municipales, de transport et de commerce. L’explication est recevable sur le papier. Elle laisse toutefois deviner une réalité plus simple : les prix annoncés le 1er juillet avaient été fixés sans véritable concertation avec les transporteurs d’eau, qui les jugeaient intenables, et l’ont visiblement fait savoir assez vite pour être entendus.
Les opérateurs privés réhabilités
Le changement le plus significatif concerne les opérateurs privés. Lundi, cinquante-cinq véhicules avaient été immobilisés dans le cadre de l’opération de lutte contre le commerce parallèle de l’eau. Deux jours plus tard, leurs propriétaires étaient reçus au Palais des Sports, lors d’une rencontre à laquelle a pris part, selon les images diffusées publiquement, le président de la République lui-même. Signe que le dossier a été jugé suffisamment sensible pour remonter jusqu’au sommet de l’État.
À l’issue de ces échanges, le gouvernement annonce la réintégration de ces opérateurs dans le dispositif officiel, aux côtés des forces de défense et de sécurité, sous réserve d’une homologation délivrée par la Direction générale de l’Eau. La filière que les autorités avaient entrepris de neutraliser au nom de la lutte contre la fraude est donc appelée à reprendre du service, sous un cadre réglementaire renforcé, du moins sur le papier.
Quatre nouveaux numéros verts
Face à la saturation du 18, quatre nouvelles lignes seront opérationnelles dès le 3 juillet à 7 heures : le 181 pour le Génie militaire, le 182 pour la Garde républicaine, le 183 pour la Gendarmerie nationale, et le 184, dédié au signalement des abus tarifaires. Une réorganisation qui vise à répartir la charge entre plusieurs centres d’appel plutôt que de continuer à tout faire reposer sur une ligne unique.
Il faut reconnaître à l’exécutif une réactivité rarement observée dans la gestion des crises publiques au Gabon. Reconnaître, en moins de deux jours et par écrit, qu’une mesure présentée comme structurante ne fonctionnait pas, ce n’est pas rien. Mais cette rapidité de correction est aussi l’aveu d’une précipitation initiale. Fixer une grille tarifaire sans consulter les transporteurs qui devaient l’appliquer, immobiliser cinquante-cinq véhicules avant de les réintégrer quarante-huit heures plus tard, miser sur une ligne téléphonique unique pour desservir près d’un million d’habitants : ce ne sont pas de simples ajustements, ce sont des erreurs de conception que l’urgence ne suffit pas à excuser.
Deux questions restent en suspens. D’abord celle de la confiance : une hausse de 33 % du prix de l’eau en quarante-huit heures, décidée sous la pression des opérateurs, ne sera pas nécessairement perçue par les Librevillois comme un ajustement technique, mais comme un recul de l’État face à un rapport de force qu’il avait pourtant lui-même engagé. Ensuite celle du contrôle : la procédure d’homologation annoncée pour les transporteurs privés devra faire la preuve qu’elle assainit réellement la filière, et non qu’elle se contente de régulariser, sous une nouvelle appellation administrative, les mêmes pratiques de surfacturation dénoncées quelques jours plus tôt.
Au-delà des communiqués, c’est sur le terrain, dans les files d’attente devant les camions-citernes, au bout du fil du 184, que se jouera la crédibilité de ce dispositif.







