Un cadre de la diaspora d’Ensemble pour le Gabon monte au créneau
Sur le plateau du Journal Afrique de TV5Monde, Noël Biloghe Bi-Ndong, représentant de la diaspora du parti d’opposition Ensemble pour le Gabon (EPG), a de nouveau dénoncé la détention de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, incarcéré depuis le 16 avril à la prison centrale de Libreville dans une affaire d’abus de confiance remontant à 2008. Pour ce cadre du parti, il s’agit avant tout d’un dossier politique visant à écarter du jeu l’un des principaux rivaux du chef de l’État, arrivé deuxième à la présidentielle de 2025. Le parquet gabonais, de son côté, maintient qu’il s’agit d’une procédure judiciaire ordinaire, et le président Oligui Nguema lui-même a assuré sur France 24 n’avoir « rien à voir » avec cette « affaire privée ». Le tapis rouge de Macron ne fait pas l’unanimité chez les Gabonais de France.
Si l’Élysée réserve les honneurs d’une visite d’État à son hôte gabonais, une partie de la diaspora installée en France entend marquer son désaccord. Plusieurs associations, dont Gab’Action, appellent à une marche le 11 juillet au départ du Trocadéro, sous le mot d’ordre « Pas de tapis rouge pour Oligui Nguema ». Les organisateurs y dénoncent pêle-mêle la vie chère, le chômage, les difficultés d’accès à l’eau potable, mais aussi des arrestations arbitraires et des actes de torture visant, selon eux, des voix dissidentes. Une précédente mobilisation, plus modeste, avait déjà réuni une trentaine de manifestants au printemps devant l’ambassade du Gabon. Un député interpelle le gouvernement français
Le dossier a également gagné l’Assemblée nationale française. Le député du Val-d’Oise Arnaud Le Gall (LFI-NFP) a déposé le 30 juin une question écrite intitulée « Soutien de la France au peuple gabonais », dans laquelle il dresse un tableau critique de la situation : détentions prolongées à la légalité contestée, restrictions de la liberté de manifester et de s’exprimer, coupures répétées des réseaux sociaux depuis février. Le parlementaire s’inquiète du signal que pourrait envoyer une réception en grande pompe à l’Élysée. L’AFP documente un climat de tension inédit
Dans une enquête publiée fin juin, l’AFP décrit une hostilité croissante du pouvoir envers les voix critiques : une influenceuse réfugiée en France après des menaces, des journalistes indépendants arrêtés à plusieurs reprises, et un climat où, selon un journaliste cité sous anonymat, la liberté d’expression aurait reculé. L’agence relève paradoxalement que le Gabon a nettement progressé au classement mondial de la liberté de la presse depuis le coup d’État d’août 2023, ce qui nourrit un débat contrasté sur la réalité du recul démocratique dénoncé par une partie de l’opposition et de la diaspora. RFI braque également son projecteur sur les crimes rituels
À ce faisceau d’articles critiques s’ajoute un Grand reportage diffusé le 29 juin par RFI, consacré à la détresse persistante des familles de victimes de crimes rituels au Gabon. Sans qu’il soit directement lié à la visite d’État, ce format documentaire vient rappeler, à quelques jours de l’arrivée d’Oligui Nguema à Paris, un phénomène ancien mais toujours sensible dans le pays : celui de meurtres, souvent d’enfants, accompagnés de prélèvements d’organes à visée occulte, et pour lequel familles et associations comme l’ALCR dénoncent depuis des années un sentiment d’impunité, les commanditaires présumés — souvent des personnalités influentes — étant rarement inquiétés par la justice. Le président Oligui Nguema avait lui-même reconnu, en janvier, la recrudescence de ces crimes en évoquant l’hypothèse d’un référendum sur le rétablissement de la peine de mort. Pour plusieurs observateurs, la reprise de ce sujet par un média international à la veille d’une visite d’État nourrit la crainte de voir se figer, à l’étranger, l’image d’un pays où insécurité et impunité resteraient la norme — quand les autorités, elles, insistent sur les progrès engagés depuis la transition.
Une image présidentielle sous pression ?
Trois ans après avoir renversé Ali Bongo dans la liesse populaire, Brice Clotaire Oligui Nguema aborde donc ce nouveau rendez-vous parisien dans un climat sensiblement différent de celui de 2024. Le cumul, en l’espace de quelques semaines, d’une détention contestée, d’une mobilisation de la diaspora, d’une interpellation parlementaire, d’une enquête internationale critique et d’un reportage sur les crimes rituels compose un tableau que le pouvoir gabonais devra désormais gérer sur la scène diplomatique française — au moment même où il cherchait à afficher une relation franco-gabonaise apaisée et « d’égal à égal ».







