Une façade juridique sans surveillance réelle
Sur le papier, la SEEG respecte les standards d’une société anonyme : capital social de 15 milliards de francs CFA, Conseil d’administration et obligations légales encadrées par l’OHADA. Pourtant, cette architecture juridique n’a pas empêché la dérive. Pour débloquer des financements indispensables au règlement de sa dette envers le turc Karpowership, l’entreprise a dû procéder en urgence à la certification de ses comptes pour 2019-2025. Comment une SA de cette envergure a-t-elle pu négliger une obligation élémentaire sans que le Conseil d’administration ne tire la sonnette d’alarme ? La question reste entière.
FGIS : un gendarme financier passif
Le paradoxe est d’autant plus frappant que le Fonds Gabonais d’Investissements Souverains (FGIS), actionnaire majoritaire, a pour mission de garantir la rentabilité et la transparence des participations de l’État. Comment le « gendarme » financier a-t-il pu tolérer qu’un actif stratégique navigue à vue pendant six exercices ? Ce silence interroge l’efficacité réelle du contrôle exercé par le FGIS et la capacité de ses dirigeants à résister aux pressions politiques.
Une violation manifeste des normes OHADA
Cette carence comptable n’est pas qu’une question de gouvernance : elle constitue une entorse au droit des affaires en vigueur en Afrique. L’OHADA impose aux SA la tenue d’assemblées générales annuelles et la certification des comptes par des commissaires aux comptes. En s’en affranchissant pendant six ans, la SEEG s’est placée en marge de la légalité communautaire, rendant ses bilans non opposables et exposant ses dirigeants à des poursuites pour défaut de transparence.
Une gouvernance opaque aux conséquences financières colossales
Africa Intelligence pointe une « gouvernance opaque » qui a conduit à un endettement estimé à plus de 150 milliards de francs CFA et à un sous-investissement chronique paralysant le réseau. Sans comptes certifiés, aucun garde-fou n’a pu empêcher la dégradation de la qualité du service, qui continue « mois après mois ». Aujourd’hui, la présidence intervient « en personne », et l’État se voit contraint de mettre sur pied « un prêt relais financé par une levée de titres publics », pour suppléer une entreprise laissée dériver par ses propres structures de contrôle.
Une responsabilité collective à auditer
Si la reprise de la certification des comptes représente une avancée, elle révèle surtout l’ampleur du désastre passé. Le Conseil d’administration et le FGIS devront répondre de cette période de vide comptable qui a permis la dégradation d’un fleuron de l’économie nationale. L’heure n’est plus seulement au sauvetage financier : il est temps d’auditer la responsabilité collective de ceux qui étaient censés protéger l’intérêt public.







