Fer, marbre, potasse, pétrole, port en eau profonde, routes, fonds publics : la Nyanga regorge de ressources et de projets annoncés. Mais entre les promesses et les réalisations concrètes, le fossé se creuse, et la jeunesse nynoise n’entend plus le combler par le silence.
Vingt-quatre projets, et après ?
Depuis le début de la Transition, vingt-quatre projets ont été annoncés dans la province. Vingt-quatre engagements dont personne, sur le terrain, ne semble mesurer précisément l’état d’avancement. Pour les jeunes réunis ce jour-là, c’est inacceptable.
« Nous ne pouvons pas parler de développement sans savoir exactement ce qui a été réalisé, ce qui est en cours et ce qui a été abandonné », ont lancé plusieurs participants, le ton ferme.
Une commission a été créée pour établir un inventaire exhaustif de ces projets et identifier les infrastructures inachevées qui continuent, dans certaines localités, de matérialiser les promesses non tenues.
Mayumba : un port en eau profonde dans le brouillard
Parmi les dossiers qui ont provoqué le plus de réactions figure celui du Port en eau profonde de Mayumba. Présenté comme un projet stratégique devant faire de la Nyanga une porte d’entrée économique majeure du Gabon, il avait nourri d’immenses espoirs au sein des populations.
L’annonce d’un autre projet portuaire à Kobe-Kobe, sans aucune explication sur le devenir de celui de Mayumba, a semé le trouble. Le collectif entend désormais interpeller directement les représentants de la province au Parlement pour exiger des réponses claires sur l’avenir du projet, son calendrier de réalisation et son articulation avec le futur chemin de fer Belinga-Boué-Mayumba.
Fer, marbre, potasse, pétrole : le sous-sol nynois est une manne. Mais à qui profite-t-elle vraiment ? C’est la question que posent sans détour les membres du collectif, qui réclament une véritable politique de contenu local — embauche prioritaire des jeunes de la province, formation aux métiers industriels, opportunités réelles pour les entrepreneurs locaux.
« Les richesses de notre sous-sol ne doivent pas quitter la province sans contribuer concrètement à son développement », ont-ils martelé. Un cahier de revendications sera élaboré pour porter cette exigence auprès des autorités et des entreprises concernées.
Sept milliards, dix milliards : où est allé l’argent ?
La question financière n’a pas été esquivée. Sept milliards de francs CFA alloués au développement de la province, dix milliards mobilisés pour les festivités tournantes du 30 août 2025 : des sommes considérables dont les retombées concrètes peinent à convaincre sur le terrain.
« Qui a géré ces fonds ? Quels projets ont été financés ? Quels impacts concrets pour les populations ? » Ces interrogations, posées dans la salle, résument l’état d’esprit d’une génération qui entend désormais exercer son droit de regard sur la gestion des affaires publiques.
Le collectif tient à le préciser : « Demander des comptes ne relève ni de la polémique ni de l’opposition systématique. C’est un droit citoyen et une exigence de bonne gouvernance. »
Une vigie citoyenne, pas un contre-pouvoir
Plusieurs commissions de suivi et d’évaluation ont été mises en place à l’issue de la réunion. L’objectif : instaurer une veille permanente sur les grands projets publics de la Nyanga, dans un esprit — tiennent-ils à le souligner — « républicain, responsable et constructif ».
Car pour ces jeunes Nynois, le développement durable de leur province passe par une condition sine qua non : que les populations soient informées, associées aux décisions et bénéficient réellement des retombées des projets menés sur leur territoire.
L’heure, disent-ils, n’est plus à l’attente passive. Elle est au suivi, à l’évaluation, et à l’engagement.







