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« Repenser le financement des études à l’étranger : pour une souveraineté académique gabonaise » — Dr Joël Patient Mbiamany N’Tchoreret

Faut-il continuer de financer à grands frais l'exil académique de la jeunesse gabonaise ? Non, tranche le docteur Joël Patient Mbiamany N'Tchoreret. Dans cette tribune, l'universitaire plaide pour un virage radical : rapatrier les 13,40 milliards de FCFA versés chaque trimestre aux étudiants de la diaspora afin de bâtir, sur le sol national, des universités capables de retenir les cerveaux plutôt que de les exporter.

La rédaction par La rédaction
11 août 2026
dans Actualités, Opinion
« Repenser le financement des études à l'étranger : pour une souveraineté académique gabonaise » — Dr Joël Patient Mbiamany N'Tchoreret, montage photo Le Confidentiel.

« Repenser le financement des études à l'étranger : pour une souveraineté académique gabonaise » — Dr Joël Patient Mbiamany N'Tchoreret, montage photo Le Confidentiel.

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LES LIMITES DU FINANCEMENT PUBLIC DES ETUDIANTS GABONAIS A L’ETRANGER

Analyse

Le modèle historique de financement du massif des études à l’étranger est devenu un multiplicateur de vulnérabilités pour le Gabon. Face à l’utilisation des dispositifs et à la fuite structurelle des cerveaux, la présente note démontre la nécessité d’opérer un pivot majeur. Il s’agit de réduire progressivement les allocations internationales pour capitaliser massivement sur nos universités nationales, nos enseignants et nos infrastructures technologiques.

Le modèle historique de financement du massif des études à l’étranger par l’État gabonais a atteint son point de rupture. Conçu à l’origine comme un levier d’élite pour importateur de compétences pointues, ce système s’est inversé pour devenir un multiplicateur de vulnérabilités nationales. Comment le Gabon peut-il réussir sa transition d’un modèle d’expatriation académique budgétaire et générateur de fuite des cerveaux vers une stratégie de capitalisation endogène, centrale sur le renforcement de ses propres infrastructures académiques ?

Diagnostic du modèle d’expatriation académique et asymétries budgétaires

Dans les salons feutrés des ministères à Libreville, une vieille certitude est en train de s’effondrer. Pendant des décennies, le rituel était immuable : chaque année, à l’annonce des résultats du baccalauréat, les meilleurs enfants ou les plus chanceux de la Nation pliaient bagage, munis de bourses d’État, pour s’envoler vers Paris, Montréal, Dakar ou Rabat. Ce modèle, conçu à l’origine comme une passerelle vers l’excellence, s’est transformé au fil des crises en une impasse financière et humaine pour le Gabon.

Assurément, le modèle historique d’expatriation académique s’est transformé en un mécanisme économiquement contre-productif pour le développement du pays. Conçu à l’origine comme une passerelle d’excellence, le financement massif des études à l’étranger engendre désormais une triple crise : une fuite définitive de capitaux, une dépendance aux devises étrangères et une hémorragie structurelle de la jeunesse qualifiée vers les pays d’accueil.

Loin de fortifier le tissu national, cette politique subventionne les économies occidentales et africaines tout en privant le Gabon du capital humain et financier nécessaire à sa propre souveraineté. L’urgence d’un pivot budgétaire majeur s’impose pour rompre avec cette impasse, comme le démontrent les données chiffrées présentées ci-dessous.

L’Inversion des Priorités Financières

Les arbitrages de l’Agence Nationale des Bourses du Gabon (ANBG) matérialisent cette forte asymétrie à travers trois mécanismes identifiables.

Le paradoxe des effectifs : les étudiants de la diaspora ne représentent qu’une infime minorité de la jeunesse gabonaise. Ils accaparent pourtant 68 % des ressources globales (13,40 milliards FCFA), créant une rupture d’équité face à la masse estudiantine locale conservée sur le territoire.

L’inflation des coûts extérieurs : les critères financiers exigés pour les visas d’études hors frontières (notamment en France et au Canada) augmentent continuellement. Cette augmentation alourdit automatiquement la charge de l’État pour chaque étudiant expatrié, sans aucune valeur ajoutée pour l’économie gabonaise.

Le sacrifice des infrastructures intérieures : le transfert de 13,40 milliards de FCFA vers l’extérieur privé les universités locales de liquidités. Les budgets restants pour l’enseignement supérieur (2,03 milliards FCFA) et la formation technique (1,03 milliards FCFA) s’avèrent incapables de moderniser les laboratoires, de numériser les classes et de bâtir de nouveaux amphithéâtres au Gabon.

Chronique d’une rupture budgétaire

Ces données chiffrées imposent une prise de conscience urgente. Chaque trimestre, l’envoi de 13,40 milliards de FCFA d’allocations d’études à l’étranger représente une saignée massive de devises pour le Trésor public. L’argent national s’en va financer les universités occidentales et soutenir la consommation des pays d’accueil, sans jamais irriguer l’économie gabonaise.

Pire encore, la mécanique s’est enrayée. Les retards de paiement récurrents transforment régulièrement le rêve de ces jeunes expatriés en détresse sociale loin de chez eux, tandis que la « fuite des cerveaux » prive définitivement le pays de ses forces vives. Une fois diplômés, attirés par les standards de vie occidentale, une grande partie de ces cadres ne rentre jamais. Le Gabon paie le prix fort pour une ancienne élite qui fera la richesse d’autres nations.

Pendant ce temps, à Libreville, Franceville ou Port-Gentil, les campus nationaux comme l’Université Omar Bongo (UOB) ou l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM) souffrent d’un manque chronique d’investissements, devant se partager la part congrue des 32 % restants du budget global. Financer l’exil académique d’une minorité s’est fait au détriment de la modernisation des infrastructures du plus grand nombre.

Le Grand Virage : La Force de l’Investissement Local

C’est ici que s’impose la bascule logique et explicative. Les lois de l’économie démontrent que le modèle de l’étranger suit une trajectoire de coûts purement linéaires et cumulatifs : envoyer dix mille étudiants à l’extérieur coûtera toujours dix fois plus cher que d’en envoyer mille.

À l’inverse, l’investissement dans le système scolaire national répond à la puissance des économies d’échelle. Réorienter les 13,40 milliards de FCFA aujourd’hui externalisés pour bâtir des laboratoires de pointe, recruter des enseignants hautement qualifiés et intégrer les technologies numériques avancées sur le sol gabonais exige certes un capital initial important, mais cet investissement s’amortit sur des décennies. Une fois la structure en place, le coût pour l’ancienne chaque génération supplémentaire devient dérisoire.

Surtout, cet argent reste au pays. Il revalorise le statut des enseignants locaux, finance les entreprises de construction nationales et crée un écosystème de recherche scientifique ancré dans les réalités du tissu industriel gabonais (mines, bois, transition écologique).

L’Horizon des Nations Émergentes

Ce choix courageux n’a rien d’une utopie. C’est la trajectoire exacte empruntée par les dragons et tigres asiatiques à la fin du XXe siècle. Des pays comme Singapour, la Corée du Sud ou, plus récemment, le Vietnam, étaient autrefois classés parmi les nations les plus pauvres du tiers-monde. Ils n’ont pas attendu d’être riches pour moderniser leurs écoles ; ils ont sanctuarisé jusqu’à 20 % de leur budget national pour bâtir des systèmes éducatifs locaux ultra-performants.

En dotant leurs territoires d’enseignants rigoureusement formés et d’écoles technologiques connectées, ils ont attiré les industries mondiales, stoppé la fuite de leurs compétences et conquis leur souveraineté économique.

Pour le Gabon, le message de l’histoire est clair. L’avenir de la jeunesse ne se dessine plus dans les aéroports, mais dans les salles de classe, les lycées scientifiques et les amphithéâtres nationaux modernisés. Réduire le financement de la formation à l’étranger pour doter la patrie d’un outil éducatif souverain et d’enseignants d’élite n’est plus seulement une option budgétaire : c’est l’acte fondateur de la véritable émergence du pays.

Conclusion

En somme, l’analyse objective des données budgétaires de l’ANBG démontre que le Gabon ne souffre pas d’un manque de ressources financières pour son éducation (19,70 milliards FCFA par trimestre), mais d’une erreur historique de ciblage géographique. Consacrer 68 % du budget trimestriel (13,40 milliards de FCFA) à la sous-traitance internationale constituant une fuite de capitaux qui fragilise la monnaie, appauvrit le tissu académique national et externalise l’intelligence gabonaise. La souveraineté éducative n’est plus une option idéale, mais une urgence macroéconomique. Le rapatriement de ces flux financiers permettra de transformer un système de dépendance en un écosystème productif performant, capable d’ancien sur le sol national la main-d’œuvre qualifiée indispensable à l’industrialisation du pays.

Dr Joël Patient MBIAMANY N’TCHORERET, PhD.
Docteur en Psychologie parcours Construction des compétences et le Développement de l’expertise professionnelle et Diplômé en Sciences Politiques parcours Gouvernance et Management
L'URL courte de cet article est : https://www.leconfidentiel.ga/kfva
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