À Kigali, la veille des grands rendez-vous économiques se joue désormais loin des salons feutrés et des panels internationaux. Avant les investisseurs, avant les chefs d’entreprise, avant les signatures, le président gabonais va d’abord à la rencontre des Gabonais de l’étranger.
Arrivé dans la capitale rwandaise le 12 mai pour prendre part à la 13ᵉ édition de l’Africa CEO Forum, Brice Clotaire Oligui Nguéma a consacré sa première véritable séquence politique à la communauté gabonaise installée au Rwanda. Étudiants, entrepreneurs, cadres et jeunes actifs ont été conviés à un échange direct avec le chef de l’État, dans une atmosphère que la présidence présente désormais comme le symbole d’une « diplomatie de proximité ».
Une méthode désormais bien rodée
Après Addis-Abeba, Dakar puis Libreville, Kigali constitue une nouvelle étape d’une stratégie politique qui vise à replacer la diaspora dans l’architecture du projet national. À la présidence, le discours est désormais clair : les Gabonais de l’étranger ne doivent plus être considérés comme une périphérie, mais comme une réserve de compétences et d’influence : « Le Gabon ne laisse plus aucun de ses enfants à la porte. Où qu’il aille, le chef de l’État va d’abord à la rencontre des siens. »
Dans l’entourage présidentiel, cette approche est présentée comme une rupture avec les pratiques passées, longtemps accusées d’entretenir une distance avec les communautés expatriées.
Le Haut-Commissaire du Gabon au Rwanda, Sylver Aboubakar Minko Mi Nseme, a profité de la rencontre pour défendre le bilan des premiers mois de la représentation diplomatique ouverte à Kigali en novembre 2025. Structuration du fichier consulaire, accompagnement administratif et régularisation de certaines situations jugées sensibles : les autorités gabonaises veulent montrer que la présence diplomatique ne se limite plus aux seules fonctions protocolaires.
Le retour des talents comme priorité politique
Face à une communauté composée majoritairement d’étudiants, le président gabonais a surtout insisté sur ce qui devient progressivement l’un des piliers de son discours économique : le retour des compétences formées à l’étranger.
Dans l’esprit du pouvoir, la diaspora doit désormais participer directement à la mise en œuvre du Plan national de croissance et de développement 2026-2030. À Kigali, Brice Clotaire Oligui Nguéma a ainsi exhorté les jeunes Gabonais à transformer leur expérience rwandaise en capital utile pour la reconstruction du pays.
Le message est autant politique qu’économique : dans un contexte où le Gabon cherche à accélérer sa diversification, Libreville tente de séduire une génération formée dans des écosystèmes africains réputés plus avancés en matière de numérique, de gouvernance publique ou d’innovation.
Kigali et Libreville veulent accélérer leur rapprochement
Au-delà de la séquence communautaire, le déplacement présidentiel a également servi de cadre à plusieurs annonces destinées à renforcer la coopération entre le Gabon et le Rwanda.
Parmi les projets évoqués figurent un futur jumelage entre Kigali et Libreville, ainsi que la création d’une commission mixte destinée à institutionnaliser les échanges bilatéraux. Les secteurs ciblés traduisent les priorités actuelles du pouvoir gabonais : agriculture, tourisme, logement, digitalisation et coopération institutionnelle.
Pour Emmanuel Scott Ndjassy, cette rencontre illustre surtout la volonté des Gabonais de l’étranger de rester connectés aux enjeux nationaux : « Les Gabonais de l’étranger restent profondément attachés à leur pays et veulent contribuer activement à son développement. »
En toile de fond, le grand rendez-vous des investisseurs africains
Cette opération de proximité intervient à quelques heures de l’ouverture de l’édition 2026 de l’Africa CEO Forum 2026, où le président gabonais doit intervenir aux côtés du président rwandais Paul Kagame et du président nigérian Bola Ahmed Tinubu devant plusieurs milliers de décideurs économiques.
En choisissant d’ouvrir sa séquence rwandaise par un dialogue avec sa diaspora, Libreville cherche aussi à envoyer un signal politique : celui d’un pays qui veut désormais faire de son capital humain un levier central de sa stratégie d’attractivité.






