Succès 1-0 face au Stade Mandji dans le match décisif du National Foot 1. Mangasport décroche le titre 2025-2026, et Eramet Comilog, sponsor historique du club minier, s’est empressé de féliciter joueurs, staff et supporters. Derrière la fête jaune et noire de Moanda, une trajectoire personnelle hors norme.
Un pari signé le jour du poisson d’avril
Retour en arrière. Le 1er avril 2026, l’AS Mangasport officialise la nomination de Thierry Mouyouma comme entraîneur principal, trois mois après son limogeage de la sélection nationale consécutif au fiasco de la CAN au Maroc. L’annonce, tombée le jour du traditionnel poisson d’avril, est d’abord accueillie avec prudence par les supporters miniers.
Le contexte est loin d’être idyllique. Le club, en quête de stabilité et de résultats, mise sur l’expérience et la connaissance du football local de Mouyouma pour relancer un groupe en perte de confiance. Le technicien signe un contrat de six mois, appelé à être prolongé en cas de qualification africaine, et succède à Bondjuni Mbo qui assurait l’intérim depuis le départ de Kevin Djony. La boucle est belle : c’est sous la tunique de Mangasport que Mouyouma avait découvert la première division, lors de la saison 1992-1993.
Les Panthères, une aventure au goût de cendre
Car avant Moanda, il y a eu la sélection. Et quelle histoire. Intronisé en octobre 2023, dans la foulée du coup d’État et de la volonté politique d’installer un technicien local à la tête des Panthères, Mouyouma n’a jamais été le candidat favori du président de la Fégafoot, Pierre-Alain Mounguengui. Son atout : ses diplômes, son passé d’international, et des relais auprès du nouveau pouvoir.
Sportivement, le bilan n’était pourtant pas indigne. Les Panthères ont réalisé une excellente campagne d’éliminatoires de la Coupe du monde, poussée jusqu’aux barrages et une défaite en demi-finale, après prolongation, face au Nigeria. Mais la CAN 2025 a tout emporté. Trois défaites en trois matchs, contre le Cameroun (0-1), le Mozambique (2-3) puis la Côte d’Ivoire (2-3). Zéro point au premier tour, une première depuis 1994.
S’y est ajoutée l’affaire des maillots. Les Panthères ont dû annuler leur match de préparation contre l’Ouganda, faute de tenues conformes, à cause d’une société équipementière obscure, Gabon Sports Management, fondée en avril 2025 et dont l’unique actionnaire n’était autre que le sélectionneur lui-même. La CAF a adressé une mise en demeure à la Fégafoot pour défaut de conformité des tenues, la marque Gaboma n’étant répertoriée dans aucun registre officiel d’équipementiers agréés. Le divorce était consommé.
Boupendza, la fracture jamais refermée
Le mandat de Mouyouma aura aussi été marqué par un bras de fer resté dans les mémoires avec le regretté Aaron Boupendza. L’attaquant avait publiquement chargé le sélectionneur, lâchant un cinglant « Mouyouma c’est qui ? C’est quel entraîneur ? », avant de présenter, sept mois plus tard, des excuses jugées opportunistes par une partie de l’opinion. Le coach n’a jamais cédé. Malgré ces excuses tardives, Boupendza, comme d’autres anciens cadres, n’a pas été réintégré, Mouyouma privilégiant un groupe modelé selon sa ligne de conduite, fondée sur l’engagement et la discipline. Le destin n’a pas permis de réconciliation : Boupendza s’est tragiquement éteint en avril 2025.
La démonstration par le terrain
C’est donc en club que Mouyouma a répondu. Dès le 9 mai, son équipe atomisait le Stade Mandji, alors leader, sur le score sans appel de 4-0 au stade Henri-Sylvoz, pour s’emparer du fauteuil de champion de la phase aller. Les Mineurs ont ensuite enchaîné les victoires, écrasant notamment l’US Oyem 3-0, avant de conclure face au même Stade Mandji, 1-0, dans le match qui valait un titre.
Chassé de la sélection dans des conditions troubles, où ses propres conflits d’intérêts ont largement pesé, Mouyouma s’est refait une santé là où tout jugement finit par tomber, sur la pelouse. Sa revanche est réelle, mais elle ne blanchit pas tout. L’affaire Gaboma reste une tache, et le football gabonais, lui, attend toujours de solder les guerres de clans qui ont coûté une CAN entière. Champion à Moanda, comptable à Libreville : les deux vérités peuvent coexister.







