À plus d’un mois de la célébration de la fête de l’accession du Gabon à l’indépendance, où une grande partie des commémorations — dont le défilé des forces de défense et de sécurité en présence du gotha administratif, politique, des affaires, du corps diplomatique et d’invités de marque — se déroulera sur les lieux, la visite de ce monument figure en bonne place au programme. La précédente édition, marquée par le spectacle de chantiers inachevés juste en face de la tribune officielle, avait laissé un goût amer.
Le décor est planté en plein centre-ville de Libreville. Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est rendu en personne sur le chantier de l’esplanade destinée à rendre hommage à l’un des pères de l’hymne national, Georges Damas Aleka. Face au retard manifeste de cet ouvrage patrimonial, l’architecte et adjudicataire du projet, Erichk Mauro, a tenté d’expliquer les difficultés logistiques ou techniques rencontrées : « Je ne peux pas faire… »
Le chef de l’État a immédiatement coupé court aux justifications, opposant un calendrier strict, militaire et non négociable, capturé par les caméras : « Tout ce que tu as expliqué là, tu l’as compris, j’ai dit que je veux que ce soit fini l’aube du 17 août. À partir du 16 je viens faire une dernière visite et je veux trouver tout ça déposé, ne me raconte pas de tes histoires, vois avec tes amis de Dubaï, ceux qui ont mangé ton argent avec qui tu as travaillé, on t’a tout payé, tu me finis l’immeuble. (Sic) »
Selon des sources proches du dossier consultées par Le Confidentiel, l’enveloppe globale allouée à cet aménagement urbain — qui comprend une esplanade et le mémorial en hommage à l’auteur de La Concorde — serait entre 6 et 8 milliards de francs CFA.
Dans les milieux professionnels de l’aménagement, le délai d’exécution de cette œuvre suscite la stupéfaction. Une source interne s’est confiée à notre rédaction :
« Je reste sidéré de ce qui se passe. C’est un projet qui devait déjà être livré depuis pratiquement deux ans. Un tel bâtiment, un tel ouvrage ne peut pas durer deux ans de construction lorsque les financements sont déjà alloués en totalité. »
Cette même source insiste sur le fait qu’aucune complexité architecturale majeure ne justifie une telle lenteur : « Ce n’est pas un grand équipement en tant que tel, comme si on pouvait construire des buildings. Ça, c’est juste une esplanade, un mémorial. Donc, du coup, que ce soit en termes de matériaux ou en termes de logistique, ce projet-là devait déjà être bouclé depuis. »
Cette situation de blocage sur un monument républicain dépasse désormais le cas individuel d’Erichk Mauro pour interroger directement la crédibilité de l’Ordre Gabonais des Architectes (OGA). Comment un chantier d’une telle importance symbolique a-t-il pu dériver sous la direction de celui qui incarnait la profession ?
Une autre source interne confirme le télescopage chronologique qui pèse sur l’affaire, reliant l’attribution du marché à ses anciennes responsabilités ordinales : « Oui, le projet a été initié pendant qu’il était président de l’Ordre Gabonais des Architectes. C’était pendant son mandat, le mandat de l’Ordre Gabonais des Architectes, qui a duré deux ans. Donc c’est Erichk Mauro qui était à cette période-là, donc de 2023 à 2024. »
Même si un nouveau bureau est désormais aux commandes de la corporation, le fait que l’ancien patron des architectes se retrouve ainsi exposé fragilise l’image d’exemplarité de toute la corporation.
Alors que l’échéance approche, la question des suites de cet ultimatum se pose avec acuité. En cas de non-livraison dans les délais impartis, les conséquences pour Erichk Mauro pourraient largement dépasser le cadre des seules poursuites judiciaires ou contractuelles avec l’État. C’est son avenir professionnel et son assise au sein de sa propre corporation qui se jouent désormais en coulisses.
L’Ordre Gabonais des Architectes va-t-il choisir de désavouer publiquement son ancien président pour préserver l’honneur de la profession ? Devant la gravité de l’impact sur l’image de la corporation, Erichk Mauro fera-t-il l’objet d’un conseil de discipline ? Entre gel de licence, blâme institutionnel ou sanctions directes de la part de ses anciens confrères, l’OGA est aujourd’hui au pied du mur : protéger l’un des siens ou faire un exemple de rigueur déontologique.
L’architecte Erichk Mauro a désormais jusqu’au 16 août au matin pour finaliser l’esplanade en hommage à Georges Damas et se conformer aux exigences directes des autorités.







