Une femme enracinée dans l’Ogooué-Ivindo
Baba Ramatou est une Gabonaise d’origine haoussa, issue de l’Ogooué-Ivindo. Comme Alain-Claude Bilie-By-Nze, né à Makokou, elle est originaire de cette province du nord-est du Gabon. Un détail qui n’en est pas vraiment un dans un pays où les réseaux régionaux ont souvent accompagné les trajectoires politiques.
D’anciens compagnons de lutte
Bien avant de s’affronter devant la justice, Baba Ramatou et Alain-Claude Bilie-By-Nze ont partagé les mêmes combats politiques. Tous deux militaient, au début des années 2000, au sein du Rassemblement pour le Gabon (RPG), le parti fondé par le père Paul Mba Abessole, figure historique de l’opposition à Omar Bongo Ondimba.
C’est dans ce cadre qu’ils participent, en 2008, à l’organisation de la Fête des cultures, un événement national placé sous l’autorité de l’État. Selon la défense de l’ancien Premier ministre, plusieurs membres du comité d’organisation auraient avancé des fonds personnels pour sauver la manifestation, faute de financement public suffisant. Baba Ramatou aurait déboursé cinq millions de francs CFA ; Alain-Claude Bilie-By-Nze, trois millions.
Une dette devenue affaire pénale
Selon les avocats de l’ancien chef du gouvernement, ces avances n’auraient jamais été remboursées par l’État. Ils soutiennent que la créance invoquée aujourd’hui ne constitue donc pas une dette personnelle de leur client envers Baba Ramatou, mais une dette de l’État gabonais envers plusieurs membres du comité d’organisation.
C’est pourtant cette créance qui est aujourd’hui au cœur d’une plainte pour escroquerie et abus de confiance ayant conduit à l’interpellation puis à l’incarcération d’Alain-Claude Bilie-By-Nze.
Pour la défense, cette qualification pénale soulève une question de cohérence : comment un créancier de l’État pourrait-il être poursuivi comme s’il avait détourné des fonds appartenant à une autre créancière se trouvant dans une situation comparable ?
Une plaignante étonnamment absente
Au-delà du fond, la procédure suscite d’autres interrogations. Selon des proches du dossier, Baba Ramatou n’aurait toujours pas été entendue sur le fond de sa plainte. Les mêmes sources affirment qu’elle ne disposerait pas d’avocat constitué dans cette procédure.
Si ces éléments étaient confirmés, ils constitueraient une situation peu commune dans une affaire pénale d’une telle portée, où la partie civile apparaît particulièrement en retrait tandis que le parquet conduit l’action judiciaire.
Toujours selon ces mêmes sources, Baba Ramatou serait actuellement à l’étranger depuis le lancement de la procédure, probablement au Maroc, même si d’autres évoquent le Sénégal, sans confirmation officielle.
Autre singularité : aucune photographie publique de la plaignante n’a, à ce jour, circulé, alors même que son nom est devenu central dans cette affaire. Cette absence de visibilité alimente les interrogations autour d’une personnalité omniprésente dans le dossier judiciaire, mais quasiment invisible dans l’espace public.
Le Confidentiel n’a toutefois pas été en mesure de confirmer de manière indépendante ces différents éléments.
Une affaire qui dépasse le seul droit pénal
Le parcours de Baba Ramatou rappelle que cette affaire dépasse largement le cadre d’un différend financier entre deux particuliers.
Elle oppose aujourd’hui deux anciens compagnons de parti qui partageaient, il y a près de vingt ans, les mêmes engagements politiques et qui affirment avoir été victimes du même défaut de paiement de l’État.
Cette réalité historique nourrit les interrogations sur la qualification pénale retenue, mais aussi sur le calendrier et le contexte de la procédure, régulièrement dénoncés par l’entourage d’Alain-Claude Bilie-By-Nze.
À ce stade, ces interrogations ne préjugent en rien de l’issue judiciaire du dossier. Elles rappellent toutefois qu’au-delà de la plainte, une question demeure : dans cette affaire, qui porte véritablement l’accusation ? La plaignante, ou l’appareil judiciaire lui-même ?







