C’est dans ce climat de relative sérénité affichée par l’exécutif que le constat dressé quelques jours plus tard par Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Samedi 27 juin, à la tribune de l’Assemblée nationale, lors du débat d’orientation budgétaire précédant l’examen du projet de loi de finances 2027, le député a dressé un constat particulièrement préoccupant. L’ancien patron de la Dette publique a qualifié la situation financière du Gabon de « catastrophique », appelant les pouvoirs publics à tenir un « langage de vérité » aux Gabonais.
Cette intervention intervient alors que, depuis plusieurs mois, le chef de file de l’opposition, Alain-Claude Bilie-By-Nze, dénonçait une trajectoire budgétaire qu’il jugeait insoutenable. L’ancien Premier ministre n’avait cessé de qualifier la loi de finances 2026 de « bricolage budgétaire », estimant que les prévisions de recettes, les niveaux d’endettement et les dépenses annoncées reposaient sur des hypothèses difficilement soutenables.
Ses critiques trouvaient déjà un écho dans les analyses des agences internationales. Dès le 3 octobre 2025, Fitch Ratings jugeait « irréalistes » les ambitions du gouvernement en matière d’investissements publics, estimant que les contraintes de financement empêcheraient leur réalisation. L’agence prévenait alors que la dette publique pourrait atteindre près de 90 % du PIB à l’horizon 2026, contre 73 % seulement un an auparavant.
Le discours tenu par Jean Gaspard Ntoutoume Ayi semble aujourd’hui conforter ces analyses. Selon ses calculs, les plus de 1 400 milliards de FCFA d’emprunts prévus dans la loi de finances rectificative généreront plus de 1 000 milliards de FCFA d’intérêts au cours des dix prochaines années. Une somme qu’il compare à l’équivalent de 1 000 kilomètres de routes bitumées, afin d’illustrer le coût d’une dette de plus en plus onéreuse.
Le député a également révélé que les seules tensions de trésorerie de l’exercice en cours coûteront près de 100 milliards de FCFA en intérêts et frais bancaires. Un montant qui représente, selon lui, deux fois le budget annuel du ministère de la Justice et près de cinq fois celui de l’Assemblée nationale.
Au-delà des chiffres, c’est surtout l’origine de cette alerte qui retient l’attention. Jean Gaspard Ntoutoume Ayi n’est pas un opposant. Député du 2ᵉ arrondissement d’Akanda sous la bannière de l’Union nationale, 8 directeur général de la Dette publique durant la Transition. Son diagnostic ne peut donc être facilement disqualifié comme relevant d’une posture politique.
Certes, le parlementaire a pris soin de réaffirmer son soutien au président Brice Clotaire Oligui Nguema, saluant sa légitimité démocratique et appelant à un effort collectif pour redresser les finances nationales. Il n’en demeure pas moins que son intervention valide, sur le fond, les inquiétudes exprimées depuis des mois par l’opposition et plusieurs partenaires financiers du Gabon.
En filigrane, une question s’impose désormais : le gouvernement peut-il encore soutenir que la trajectoire de la dette demeure sous contrôle lorsque les alertes convergent désormais des agences de notation, des marchés financiers, de l’opposition et d’un député tête pensante d’un parti allié et reconnu pour ses postures républicaine ?







