À quelques semaines de la visite d’État annoncée du président Brice Clotaire Oligui Nguema à Paris en juillet 2026, où il doit être reçu par le président français Emmanuel Macron au palais de l’Élysée, une frange de la diaspora gabonaise en France entend, elle, ne pas lui dérouler le tapis rouge.
Des membres de la plateforme Gab’Action ont sollicité le député du Val-d’Oise Arnaud Le Gall, élu de La France insoumise – Nouveau Front Populaire (LFI-NFP). Cette démarche a abouti au dépôt d’une question écrite publiée le 30 juin 2026 sous le titre : « Soutien de la France au peuple gabonais ».
Ce document parlementaire, que nous avons consulté, en apparence classique, agit comme un révélateur. Il oblige désormais l’exécutif français à se positionner publiquement sur une série de griefs politiques, sociaux et économiques concernant le Gabon.
Des accusations politiques détaillées mises noir sur blanc
Dans sa question écrite, le député dresse un tableau particulièrement critique de la situation au Gabon. Sur le plan politique d’abord, il évoque « des détentions prolongées et dont la légalité demeure contestée au regard des engagements internationaux du Gabon », « un rétrécissement préoccupant des libertés publiques, marqué par des restrictions de facto à la liberté de manifestation et d’expression », ainsi que « des interruptions répétées de l’accès aux réseaux sociaux depuis février 2026, assimilables à un contrôle de l’espace public numérique ».
Sur le plan social, il poursuit en dénonçant « un chômage des jeunes dépassant des seuils structurels critiques » et « un accès inégal à l’eau potable et une fragilisation persistante du système de santé ».
Mais c’est sur le terrain économique que le député concentre son offensive. Il met en cause les dynamiques de coopération impliquant des groupes français, notamment Eramet, arguant que « les opérations de recapitalisation autour d’acteurs miniers stratégiques soulèvent la question du contrôle effectif des ressources nationales ». Il insiste : « une participation de l’État gabonais, estimée à environ 200 millions d’euros, ne saurait être interprétée comme une reprise de souveraineté si les centres de décision industriels demeurent inchangés ».
Dans ce cadre, les filiales Comilog et Setrag apparaissent comme des maillons centraux d’une architecture économique où les rapports de force restent inchangés — autrement dit, où Paris conserve la main.
Au-delà du contenu politique, c’est la méthode qui retient l’attention. La diaspora gabonaise en France ne se limite plus à la contestation publique ou aux mobilisations visibles. Elle active désormais des relais parlementaires, inscrivant ses revendications dans les procédures formelles de la République française.
Reste désormais à savoir si, lors du tête-à-tête entre les deux chefs d’État, les préoccupations soulevées par la diaspora gabonaise seront évoquées.







