Une réaction attendue depuis le 2 juillet. Le silence aura duré une semaine. Alors que ni la mission Saint-Pie X de La Peyrie ni l’archevêché de Libreville n’avaient réagi au lendemain du décret romain, c’est finalement l’épiscopat tout entier qui prend la parole. Dans un communiqué officiel (Prot. N. 35/CEG/Pr/2026) signé par Mgr Jean Vincent Ondo Eyene, président de la Conférence épiscopale du Gabon, « Archevêque et Évêques du Gabon » informent les fidèles « de l’excommunication de la communauté Saint-Pie X par le Pape Léon XIV le 2 juillet 2026, pour cause de schisme ».
Une leçon d’histoire à l’attention des fidèles
Fait notable, le document ne se contente pas d’annoncer la sanction : il déroule, sur une page entière, un demi-siècle d’histoire mouvementée entre Rome et le mouvement fondé par Mgr Marcel Lefebvre. Les évêques rappellent que la Fraternité, « société de Prêtres traditionalistes » dont le siège est à Menzingen en Suisse, fut fondée en 1970 et « reconnue au départ comme pieuse union », avant de perdre sa reconnaissance canonique dès 1975, son fondateur ayant ordonné des prêtres sans autorisation. Suivent les sacres de 1988, l’excommunication de Mgr Lefebvre « et de sa lignée épiscopale », puis la main tendue de Rome : levée des excommunications en 2009 sous Benoît XVI, faculté de confesser accordée en 2015 et reconnaissance des mariages en 2017 sous le pape François.
Autant de grâces balayées le 1er juillet dernier, lorsque « quatre nouveaux évêques sont sacrés par Alfonso de Galarreta assisté par Bernard Fellay, en contradiction avec les indications du Pape Léon XIV ». La conséquence, énoncée sans détour par les évêques gabonais : « la validité des mariages et confessions dispensés par la Fraternité Saint Pie X n’est plus reconnue par l’Église Catholique et les fidèles y adhérant sont considérés comme schismatiques, c’est-à-dire qu’ils sont en rupture de lien avec l’Église Catholique ».
« Communauté sœur » : des mots pesés au trébuchet
C’est dans sa conclusion que le communiqué révèle toute sa subtilité. « En continuant à prier pour l’unité des chrétiens tant voulue et prêchée par le Christ », les évêques recommandent aux fidèles « la prudence et la retenue dans leurs rapports avec cette communauté sœur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X jusqu’à nouvel ordre ».
Chaque mot compte. « Communauté sœur » : le lien fraternel n’est pas renié, malgré la rupture canonique. « Prudence et retenue » : pas d’interdiction de contact, pas d’anathème local, mais une mise à distance. « Jusqu’à nouvel ordre », enfin : la formule laisse ouverte la perspective d’un retour à la normale, dans l’esprit du décret romain qui promettait d’accueillir « avec une affection sincère » ceux qui reviendraient à la pleine communion. L’épiscopat gabonais choisit ainsi la ligne de Rome : fermeté sur le droit, douceur sur le ton.
Ce qui change pour les fidèles de La Peyrie
Pour les catholiques gabonais qui fréquentent la mission de La Peyrie, à Libreville, le message de leurs évêques est désormais limpide : les sacrements qui y sont célébrés ne sont plus reconnus, et l’adhésion à la Fraternité emporte rupture avec l’Église catholique. Sur la terre même où le jeune père Lefebvre fit ses premières armes de missionnaire, de 1932 à 1945, l’onde de choc d’Écône a fini par obtenir sa réponse officielle. Reste à savoir comment la mission Saint-Pie X, qui n’a toujours pas communiqué publiquement, accueillera cet appel à la distance, et combien de ses fidèles choisiront de le suivre.







