À en croire la communication officielle, le programme est déjà bien défini. Vendredi, à Libreville, le conseiller spécial et porte-parole de la présidence de la République, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, a présenté les principaux enjeux de cette visite d’État, prévue du 20 au 22 juillet à l’invitation du président français.
Les deux chefs d’État doivent notamment passer en revue l’état de la coopération bilatérale et évaluer la mise en œuvre des accords conclus lors de la visite d’Emmanuel Macron à Libreville, en novembre 2025. Les discussions devraient également porter sur la transformation locale du manganèse, présentée comme le principal dossier économique de ce déplacement, ainsi que sur le développement du Transgabonais, la préservation des forêts du Bassin du Congo et les questions de sécurité.
Le volet protocolaire sera à la hauteur de l’événement : cérémonie d’accueil officielle aux Invalides, entretien à l’Élysée et dîner d’État figurent au programme de cette visite, la première de Brice Clotaire Oligui Nguema en France depuis son élection.
Sur le papier, la feuille de route paraît donc clairement établie. Mais les entretiens entre chefs d’État dépassent souvent le cadre des communiqués officiels.
Les sujets qui pourraient s’inviter à l’Élysée
Au-delà des dossiers économiques, plusieurs questions liées à la situation politique intérieure du Gabon pourraient être abordées au cours des échanges. Parmi elles figure la suspension des réseaux sociaux, en vigueur depuis le 17 février, une mesure qui continue d’alimenter les débats au sein de la société gabonaise et de susciter des interrogations chez plusieurs partenaires internationaux.
Autre dossier susceptible d’être évoqué : la détention de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze. Placé en détention depuis le 16 avril dans le cadre d’une information judiciaire portant sur des faits présumés d’abus de confiance et d’escroquerie datant de 2008, le président d’Ensemble pour le Gabon avait été interpellé après avoir notamment dénoncé la suspension des réseaux sociaux et la réforme du Code de la nationalité adoptée par ordonnance.
L’affaire a d’ailleurs trouvé un écho en France. Le 19 mai 2026, dans une question écrite adressée au gouvernement français, le député de l’Hérault Jean-Louis Roumégas s’est inquiété de la situation de l’ancien chef du gouvernement gabonais, appelant l’exécutif français à intervenir auprès des autorités gabonaises. Cette initiative parlementaire ne lie pas la position officielle de l’État français, mais elle témoigne de l’intérêt que suscite désormais ce dossier dans le débat politique français.
Dans ce contexte, il n’est pas exclu que la question soit évoquée lors des échanges entre les deux présidents, même si aucun des deux États ne l’inscrit officiellement à l’ordre du jour.
Une question déjà anticipée par Libreville
Le président gabonais a déjà eu l’occasion de répondre publiquement aux interrogations suscitées par cette affaire. Invité de France 24 le 2 juin dernier, Brice Clotaire Oligui Nguema avait affirmé que la procédure relevait exclusivement de l’autorité judiciaire, rappelant le principe de séparation des pouvoirs et assurant que l’exécutif n’intervenait pas dans le traitement du dossier.
De son côté, la défense d’Alain-Claude Bilie-By-Nze conteste cette lecture des événements. Ses avocats ont engagé plusieurs démarches auprès d’instances internationales, notamment la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, les Nations unies ainsi que les autorités françaises.
Officiellement, cette visite d’État sera placée sous le signe du partenariat stratégique, des investissements et de la coopération économique. Mais comme souvent lors des rencontres au plus haut niveau, une partie des échanges pourrait rester à l’abri des caméras. Les communiqués finaux mettront probablement en avant les accords conclus et les convergences entre Paris et Libreville. Ils diront sans doute moins ce qui aura été évoqué à huis clos sur les sujets les plus sensibles de la relation entre les deux capitales.







