Le choc immédiat : les marchés s’affolent
Dans les premières heures, les traders spécialisés en métaux sur le London Metal Exchange réagissent violemment. Le Gabon représente près de 20 % de la production mondiale de manganèse, minerai indispensable à la fabrication de l’acier et des batteries de véhicules électriques. L’arrêt brutal de ses exportations fait bondir les cours de 30 % en une séance. Les aciéries européennes, déjà fragilisées par des années de concurrence asiatique, sonnent l’alarme. Les constructeurs automobiles, engagés dans la transition vers l’électrique, voient leurs chaînes d’approvisionnement menacées.
À Paris, le CAC 40 accuse le coup. Eramet, maison-mère de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) dont le titre plonge de 40 % en quelques jours, convoque en urgence son conseil d’administration. Les actionnaires exigent des explications. Comment le groupe a-t-il pu laisser expirer le délai sans avoir engagé les investissements nécessaires à la transformation locale ? Les questions fusent, les réponses tardent.
Libreville sous pression : l’économie au bord du précipice
À Libreville, la décision du président est acclamée dans les rues par une partie de la population. Les discours sur la souveraineté économique ont fait leur chemin. Mais dans les ministères, l’ambiance est tout autre. Les recettes fiscales liées à l’exploitation du manganèse représentent une part significative du budget de l’État. Leur tarissement brutal crée un gouffre que ni l’accord avec le FMI, signé in extremis fin 2026, ni les revenus pétroliers d’Assala ne peuvent combler seuls.
Les fonctionnaires commencent à murmurer. Les salaires tardent. Les chantiers des centrales thermiques, dont la livraison avait été promise pour juillet 2027, accusent de nouveaux retards. Le délestage reprend de plus belle. Dans les quartiers populaires de Libreville, Port-Gentil et Franceville, la colère monte. La souveraineté économique ne s’échange pas contre de l’électricité.
Eramet : la guerre juridique s’embrase
Le groupe français ne reste pas sans réagir. Ses avocats déposent une requête en arbitrage international devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, le CIRDI. L’argumentation est rodée : le Gabon aurait violé les termes du contrat minier en vigueur, portant atteinte aux droits légitimes de l’investisseur. La procédure s’annonce longue, coûteuse et politiquement explosive.
À Paris, le gouvernement français se retrouve dans une position inconfortable. Emmanuel Macron avait lui-même cautionné l’accord trouvé « à trois » en 2026. Son nom est désormais associé à un engagement qu’Eramet n’a pas honoré. L’Élysée tente de jouer les médiateurs, mais le temps de la diplomatie douce semble révolu. Les relations franco-gabonaises, présentées « au beau fixe » lors de la visite d’État de juillet 2026, entrent dans une zone de turbulences inédite.
Les vautours se positionnent
Dans ce chaos, d’autres acteurs s’engouffrent dans la brèche. Des groupes miniers chinois, déjà présents en Afrique centrale, proposent leurs services. Ils ont les capitaux, les ingénieurs et surtout l’appétit. Ils promettent des usines de transformation clés en main, des délais raccourcis, des conditions avantageuses. Pékin voit dans la crise gabonaise une opportunité stratégique de repositionnement sur les matières premières critiques, dont le manganèse est désormais une composante essentielle pour la transition énergétique mondiale.
Washington n’est pas en reste. L’administration américaine, engagée dans une guerre commerciale larvée avec la Chine sur les minerais critiques, approche discrètement Libreville. Le Gabon, hier pays francophone de l’arrière-cour française, se retrouve soudainement au cœur d’une compétition géopolitique qui le dépasse.
Oligui Nguema : seul au bord du précipice
Le président gabonais se retrouve pris en étau. À l’extérieur, il fait face à Eramet, à Paris, aux procédures d’arbitrage et aux pressions des institutions financières internationales. À l’intérieur, il doit gérer une population qui souffre des contrecoups économiques d’une décision qu’elle avait pourtant applaudie. Ses adversaires politiques, hier réduits au silence, relèvent la tête. Les réseaux sociaux, rouverts après l’adoption de la loi promulguée fin 2026, s’enflamment. Les vidéos de files d’attente devant les stations-service vides et les coupures d’électricité tournent en boucle.
L’ironie cruelle de cette crise est que le président avait raison sur le fond. Exporter des matières premières brutes sans en capter la valeur industrielle est un modèle épuisé que l’Afrique doit dépasser. Mais avoir raison trop tôt, sans avoir construit les conditions industrielles, énergétiques et financières pour absorber le choc, revient parfois à avoir tort dans les faits.
Le Gabon de janvier 2029 ressemble à un homme qui a coupé la branche sur laquelle il était assis, persuadé qu’une autre branche allait pousser à temps. Elle n’a pas poussé. Et la chute, quand elle arrive, ne distingue pas les visionnaires des imprudents.
Ce scénario est une projection journalistique fondée sur les déclarations publiques du président Oligui Nguema sur France24 du 2 juin 2026 et les données économiques disponibles. Il ne constitue pas une prévision.







