Réuni au Palais du Bord de mer, sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, le Conseil des ministres a adopté deux projets de loi entérinant la scission de la SEEG en deux entités distinctes : « La Gabonaise des Eaux », chargée de la production et de la distribution de l’eau potable, et « Électricité du Gabon », dédiée au segment électrique, de la production à la commercialisation. Les deux structures adopteront le statut de société d’économie mixte, associant l’État à des partenaires privés.
En 1997, à la faveur d’une concession confiée pour deux décennies au groupe français Veolia, la SEEG incarnait jusqu’ici le modèle de l’opérateur intégré, combinant sous une même bannière l’eau et l’électricité. Une intégration qui n’aura pas résisté à près de trente ans de difficultés structurelles, mêlant sous-investissement, clientélisme et corruption.
Un précédent vieux de plus de soixante ans
Pour de nombreux observateurs, cette décision rappelle un scénario déjà connu au Gabon : celui de l’ancien Office des Postes et Télécommunications (OPT). Créé par la loi n°14/64 du 29 octobre 1964 et entré en application le 1er janvier 1965, l’OPT était alors un établissement public à caractère industriel et commercial, doté de l’autonomie de gestion financière, et détenait le monopole de l’État sur les postes et les télécommunications.
Pendant 37 ans, l’OPT a cumulé les mêmes maux que la SEEG aujourd’hui : une masse salariale disproportionnée, des effectifs pléthoriques composés davantage d’administratifs que de techniciens, une gabegie financière chronique et un sous-investissement dans les infrastructures. Le secteur avait notamment été marqué par le scandale de l’installation de cabines téléphoniques dans plusieurs localités du pays, des équipements coûteux qui s’étaient révélés non fonctionnels — un véritable « éléphant blanc ».
2001 : la scission de l’OPT en Gabon Poste et Gabon Télécom
C’est dans ce contexte que l’État avait fini par acter, par la loi n°4/2001 du 27 juin 2001 portant réorganisation du secteur des postes et du secteur des télécommunications, l’éclatement de l’OPT en deux sociétés anonymes distinctes : Gabon Poste, opérateur principal du secteur postal, et Gabon Télécom, opérateur principal des télécommunications. Cette réforme mettait fin à 37 ans de monopole étatique sur les communications et le courrier.
Deux trajectoires opposées
Vingt-cinq ans plus tard, le bilan de cette scission illustre une asymétrie frappante. Gabon Télécom, qui avait créé sa filiale mobile Libertis dès mars 1999, a connu un développement rapide : en février 2007, l’État a cédé 51 % du capital de la société au groupe marocain Maroc Telecom à l’issue d’un appel d’offres international, avant que l’entité ne devienne Moov Africa Gabon Telecom en 2021. En 2022, l’opérateur réalisait encore 51,8 milliards de FCFA de chiffre d’affaires sur les six premiers mois de l’année, avant d’être visé par un projet de renationalisation annoncé en 2024.
Gabon Poste, en revanche, n’a jamais connu la même trajectoire. Restée intégralement publique, la société est demeurée sous la supervision directe de l’État, sans parvenir à atteindre une véritable autonomie financière comparable à celle de sa consœur des télécommunications.
Un risque de répétition pour la branche eau
C’est précisément ce précédent qui nourrit aujourd’hui les inquiétudes autour de la scission de la SEEG. À l’image de ce qui s’est joué entre Gabon Télécom et Gabon Poste, la nouvelle entité « Électricité du Gabon » pourrait suivre une trajectoire de développement et de rentabilité, tandis que « La Gabonaise des Eaux », activité structurellement moins rentable, risquerait de se retrouver durablement dépendante des subventions de l’État — reproduisant, vingt-cinq ans plus tard, le schéma qui a fait de Gabon Poste une entité sous perfusion publique.
Le gouvernement n’a pour l’instant communiqué aucun calendrier détaillé pour la mise en place opérationnelle des deux nouvelles sociétés, ni précisé le sort des actifs et du personnel de l’ancienne SEEG. Les deux projets de loi doivent encore être examinés par le Parlement avant leur entrée en vigueur.







