Une reconduction qui vaut confirmation
Reconduite à la tête d’un ministère qu’elle avait déjà dirigé sous l’ancien régime avant 2023, Camélia Ntoutoume-Leclercq, fille de l’ancien maire de Libreville Lubin Martial Ntoutoume Obame et ancienne élève de l’ENA, s’est vue confier un mandat clair par le chef de l’État : sortir durablement l’école gabonaise du « cycle des crises répétitives », selon sa propre formule. Ce n’est pas un vœu pieux. L’année 2025-2026 a été marquée par une grève relancée dès le 5 janvier 2026, l’incarcération de deux figures syndicales, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, et des semaines de blocage avant qu’un accord de sortie de crise ne soit signé le 26 janvier, débloquant environ 6 958 situations administratives et mobilisant près de 16 milliards de francs CFA pour régulariser la carrière des enseignants dont les enseignants étaient gelées. depuis dix ans.
L’année a finalement pu être sauvée : calendrier réécrit avec l’appui de l’UNESCO, cours prolongés jusqu’au 31 juillet pour les classes d’examen, et un taux de réussite au baccalauréat général de 85,59 %, avec 44,08 % d’admis dès le premier tour contre 33,14 % l’année précédente. C’est sur cette base que le ministre aborde la rentrée à venir, avec la promesse répétée qu’« il n’y aura pas d’année blanche » et la volonté affichée d’installer un dialogue social « structuré, régulier et orienté vers la prévention des crises » avec les syndicats d’enseignants.
Un calendrier verrouillé dès le mois d’août
Signe de cette volonté d’anticipation, l’arrêté fixant le calendrier scolaire 2026-2027 a été signé dès le 10 août par la ministre elle-même. La rentrée des classes est fixée au lundi 7 septembre pour le public et le privé, avec une ouverture anticipée au 2 septembre pour les écoles publiques conventionnées. La rentrée administrative, elle, est programmée les 31 août et 1er septembre selon les établissements. L’année sera structurée en trois trimestres de douze semaines, pour une fin des cours prévus le 5 juin 2027 pour les classes sans examen et le 10 juillet 2027 pour les classes d’examen, la période des épreuves s’étalant du 24 mai au 10 juillet 2027. Le calendrier détaillé des examens et concours de la session 2027 doit encore faire l’objet d’un texte réglementaire séparé.
Des manuels « made in Gabon » comme symbole
Le 5 août, la ministre a reçu 42 792 manuels scolaires de français et de mathématiques destinés aux classes de 5e, entièrement conçus au Gabon. Ces ouvrages, issus des recommandations du Dialogue national inclusif d’Angondjé d’avril 2024, intègrent des références au patrimoine, aux lieux et aux réalités culturelles gabonaises, et accompagnent la généralisation de l’Approche par compétences au collège. « Toute la chaîne conceptuelle a été gabonisée », s’est félicitée Camélia Ntoutoume-Leclercq, précisant que la distribution démarrera par la province de l’Ogooué-Ivindo avant de s’étendre au reste du pays. Au-delà du symbole, l’initiative répond à une critique récurrente envoyée à l’école gabonaise : celle de manuels hérités et peu adaptés au contexte local.
En parallèle, la ministre a repris les consultations engagées l’année précédente avec les fédérations de parents d’élèves et les chefs d’établissements, afin d’ajuster le mobilier scolaire, les affectations d’enseignants et la sécurité des sites avant le jour J, une méthode déjà éprouvée lors de la rentrée 2025-2026, où des réunions avaient rassemblé les responsables du Grand Libreville et, par visioconférence, les directeurs d’académies provinciales.
Un budget resserré mais préservé
Sur le plan financier, le ministère a dû composer avec une loi de finances rectificative 2026 qui a réduit l’enveloppe de l’Éducation nationale à 260,22 milliards de francs CFA, contre 287,35 milliards initialement prévus, soit une baisse de 9,5 %, moins sévère toutefois que la contraction de 17 % appliquée à l’ensemble du budget de l’État. Devant la commission des Finances, Camélia Ntoutoume-Leclercq a défendu ce traitement de faveur relatif en rappelant que l’éducation « conditionne la formation du capital humain, la compétitivité économique future et la stabilité sociale ». Reste que l’exécution budgétaire demeure lente : fin avril, seuls 1,88 % des engagements et 1,65 % des paiements avaient été effectués, un rythme que le ministère devra accélérer pour tenir sa promesse de terrain d’ici la rentrée.
Les défis qui restent
La ministre ne part pas d’une page blanche, mais les chantiers ouverts restent nombreux : optimisation de la carte scolaire, des dispositifs d’orientation pour les quelque 23 886 nouveaux bacheliers de la session 2026, poursuite de la régularisation des enseignants, rénovation des infrastructures et programme de logements pour le personnel enseignant. Une enquête judiciaire a par ailleurs été ouverte en juin sur des premières de vacances jugées irrégulières au sein des services financiers du ministère ; à ce stade, la ministre n’y a été ni poursuivie ni entendue.
Pour Camélia Ntoutoume-Leclercq, la rentrée du 7 septembre sera donc autant un test technique (calendrier tenu, manuels livrés, enseignants payés) qu’un test de crédibilité politique, après une année où l’école gabonaise a frôlé la rupture. Les prochaines semaines diront si la méthode du dialogue préventif suffit à éviter un nouveau psychodrame social.







