C’est un exercice de mémoire inédit. Loin des comptes rendus officiels, le candidat à la présidentielle de 2025, Alain-Claude Bilie-By-Nze, raconte les « contradictions internes » d’un régime qu’il a servi, mais où, selon lui, les « forces d’inertie » finissaient souvent par l’emporter sur les « forces de progrès ».
Tout commence en 2013. Le Gabon est « en rouge » dans le classement de Transparency International. Pour attirer les investisseurs, Ali Bongo charge Bilie-By-Nze de négocier un partenariat avec l’ONG. Ce dernier se rend au siège international en Allemagne : « À Berlin, je serai reçu par les responsables de Transparency, dont Madame Chantal Uwimana, avec qui je m’entretiendrai… L’objectif était surtout d’essayer d’implémenter dans notre pays le programme que Transparency mettait en œuvre, ce qu’ils appelaient le Système national d’intégrité. »
Le projet est colossal : réviser toutes les lois du pays, engager toute la hiérarchie administrative, le Parlement, et créer un parquet spécialisé pour la répression des fraudes. Mais à Libreville, le projet déclenche une panique au sommet : « Hélas, les forces d’inertie sont entrées en mouvement pour empêcher la réalisation de ce projet. On a commencé à torpiller le projet, à indiquer que : “Oui, mais Monsieur le Président, faites attention, Alain-Claude veut vous piéger, il veut que les gens viennent regarder ce qu’il y a à faire, il veut qu’on vienne jeter un œil sur la gestion des deniers publics”. »
Le couperet tombe. Malgré le soutien du professeur Guy Rossatanga-Rignault et de Jean-Fidel Otandault, l’ambition de transparence est enterrée : « Le séminaire gouvernemental n’aura jamais lieu. L’implémentation du Système national d’intégrité n’aura jamais lieu… Des personnes qui n’avaient pas intérêt à ce que les ressources de l’État soient gérées de manière orthodoxe. »
Le second volet concerne le Code de la communication de 2016. Pour sortir le Gabon des profondeurs du classement de Reporters sans frontières (RSF), Bilie-By-Nze rencontre à Paris son secrétaire général, Christophe Deloire : « Ça a été très heurté au début… ils nous dépeignaient vraiment pire que la Corée du Nord. »
Après des échanges intenses et la venue de RSF à Libreville (reçue en présence de Guy-Bertrand Mapangou, alors président du CNC [Ndlr : l’ancêtre de la Haute Autorité de la Communication]), le chantier législatif avance. Mais là encore, des lobbies internes tentent de bloquer la réforme : « Il y a par exemple, au niveau du palais, certains conseillers du président qui ne veulent pas du tout que ce code soit adopté et promulgué. Certains avaient des relations dans les médias, dans des imprimeries, et ne souhaitaient pas du tout que l’éditeur et l’imprimeur soient tenus pour responsables de ce qui est sorti. »
L’ancien ministre justifie la rigueur du texte par la nécessité de responsabiliser toute la chaîne, notamment face aux appels à la violence : « Lorsqu’un journal met à la une, par exemple, “tuez-les tous”… quelle est la responsabilité finalement ? »
Il conclut son récit par une analyse acerbe de la classe politique gabonaise, qu’il décrit comme une faune opportuniste : « Il y a des loups, il y a des agneaux, il y a surtout des caméléons, beaucoup, beaucoup de caméléons… des personnes qui recherchent d’abord l’avis du chef de l’État avant de se prononcer et qui seront demain les premières à dire : “Mais je n’étais pas d’accord”. »










