Selon le témoignage de Mme Bongo, l’intervention des forces de sécurité a débuté peu après la proclamation des résultats électoraux, vers 3 heures du matin. Elle décrit l’irruption d’hommes armés et cagoulés à la résidence présidentielle : « Est rentré mon aide de camp avec un pistolet, des hommes armés, des hommes cagoulés pour venir me chercher ». Elle précise qu’on leur a fait « se taire » avant d’être transférés au cinquième étage du palais, moment où elle dit avoir réalisé « qu’il y avait un coup d’État ». Dès les premières heures, elle affirme que les nouvelles autorités cherchaient à construire « une rhétorique ou un scénario » à son encontre et contre son fils.
Allégations de pressions et de mauvais traitements
L’ex-première dame soutient avoir fait l’objet de pressions psychologiques et physiques. Elle rapporte que les autorités auraient exigé ses relevés d’identité bancaire sous la menace de représailles contre son fils, affirmant qu’on lui aurait dit : « Si vous ne nous donnez pas vos RIB, votre fils ne vivra pas une semaine ». Elle décrit également l’existence d’un local de détention dans les sous-sols de la présidence où était écrit « la mort est un réflexe ». Sylvia Bongo affirme y avoir été entravée et aspergée d’eau froide. Enfin, elle déclare avoir été témoin d’actes de violence physique sur son fils, précisant qu’ils « l’ont tapé, ils l’ont étranglé avec un bâton » pour la contraindre à signer des documents dont elle dit ignorer le contenu exact.
Réponse aux accusations
Interrogée sur les charges de détournements de fonds et sur l’influence politique que lui prêtent les autorités de transition, Mme Bongo rejette l’ensemble des accusations. Elle nie toute implication dans les affaires de l’État, affirmant : « En 14 ans, j’ai dû aller trois fois au bureau de mon mari. Je ne comprends rien à la politique. Qu’ils m’amènent un décret signé de ma main ! ». Elle évoque également des insultes à caractère racial proférées par ses geôliers, affirmant qu’on la traitait de « sale blanche ».
Un exil définitif à Londres ?
Libérée en mai 2024, une issue qu’elle attribue à la médiation du président angolais João Lourenço qui leur a « sauvé la vie », Sylvia Bongo réside désormais au Royaume-Uni. Bien qu’elle dise comprendre les « problèmes systémiques » ayant pu pousser les Gabonais à se réjouir du changement de régime, elle exclut tout retour dans le pays : « Jamais. J’ai eu trop mal. Je laisse beaucoup de personnes que j’aime beaucoup, mais je ne retournerai jamais au Gabon ».
De leur côté, les autorités gabonaises ont toujours systématiquement nié tout acte de torture ou de spoliation, réfutant les allégations de mauvais traitements formulées par l’ancienne famille présidentielle. Lors de la visite d’Emmanuel Macron au Gabon en novembre dernier, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a officiellement sollicité une coopération judiciaire accrue avec la France, visant la saisie des biens de la famille Bongo et d’éventuelles procédures d’extradition.
Enfin, la justice gabonaise avait vivement déploré l’absence des prévenus lors de leur procès, diffusé en direct sur la première chaîne publique, qui s’est tenu en novembre dernier et qui a mis au grand jour un vaste réseau de détournements et de clientélisme au sommet de l’État. Les magistrats ont regretté le manque de coopération de leurs conseils, soulignant qu’une liberté provisoire pour raisons médicales avait été accordée à Sylvia et Noureddin Bongo sous la promesse qu’ils se présenteraient à la barre.
Si Sylvia et Noureddin n’étaient pas présents à la barre, des peines de vingt-six mois à quinze ans de prison ainsi que des réparations financières ont été prononcées dans le procès de la « Young Team », ceux qu’on surnommait ainsi en raison de leur âge et de leur proximité avec Noureddin Bongo.










