À Moanda, les dessous de la course aux millions de tonnes
Dans le manganèse, la taille compte. Mais elle ne suffit plus. Face à la concurrence des grands bassins miniers, notamment en Afrique australe, les producteurs doivent désormais conjuguer volumes, qualité du minerai, maîtrise des coûts et fiabilité logistique. À Moanda, dans le sud-est du Gabon, Comilog a précisément fait le pari du volume. De 4,6 millions de tonnes en 2019, sa production est passée à 6,9 millions attendues en 2026, après un sommet à 7,4 millions en 2023. En huit ans, près de 50 % de tonnes supplémentaires.
Derrière cette courbe, un nom : Okouma. L’entrée en production de ce nouveau plateau, à partir de 2020, marque une rupture avec une exploitation historiquement concentrée sur Bangombé. Nouvelles capacités de traitement, laveries modulaires, développement de Jeroboam : Comilog étend son domaine minier et reconfigure progressivement son outil de production. Une stratégie coûteuse mais assumée : près de 575 millions d’euros, environ 377 milliards de F CFA, ont été investis sur la période dans les actifs miniers, les équipements, le ferroviaire et la modernisation industrielle.
Car le véritable défi se situe peut-être moins sous terre qu’après la mine. Une tonne extraite à Moanda doit encore parcourir près de 650 kilomètres sur le Transgabonais avant d’atteindre Owendo et les marchés internationaux. À ces niveaux de production, la disponibilité des engins, le traitement, les sillons ferroviaires ou l’embarquement deviennent autant de variables critiques. Le déploiement du Fleet Management System, puis de l’IROC, centre intégré des opérations, répond à cette équation : mieux piloter une chaîne devenue plus longue, plus productive, mais aussi plus complexe.
Cette mécanique a pourtant montré ses limites. Après les années de records, 2024 ouvre une séquence plus heurtée : production ramenée à 6,8 millions de tonnes, difficultés de maintenance, incidents sur certains équipements, contraintes de transport. Le retournement du marché du manganèse conduit même à une fermeture temporaire des mines de Moanda pendant trois semaines. La croissance rapide a laissé apparaître ce que connaissent bien les grands groupes miniers : la capacité installée ne garantit pas la performance durable. Lorsque les volumes montent, la maintenance, la supply chain et la logistique doivent suivre au même rythme.
L’enjeu dépasse Comilog. Pour les économies minières africaines, longtemps cantonnées au rôle de fournisseurs de matières premières, la compétition se déplace progressivement vers la fiabilité industrielle, les coûts, les infrastructures et, de plus en plus, la transformation locale. Le Gabon n’échappe pas à cette évolution. Avec près de 7 millions de tonnes annuelles, Comilog a gagné la bataille du changement d’échelle. Reste une question plus difficile : comment convertir cette puissance minière en avantage industriel durable ?
C’est désormais là que se joue la suite. Après huit années dominées par l’expansion, Moanda entre dans le temps moins spectaculaire de la consolidation : fiabiliser les installations, améliorer la maintenance, fluidifier les approvisionnements et sécuriser la chaîne logistique. Dans la mine, atteindre un record fait une année. Être capable de le répéter construit un leader.







