Le chemin vers la cotation a été marqué par des tensions internes. En juillet dernier, l’opération avait déjà essuyé un premier revers avec une suspension forcée. Un groupe de contestation, mené notamment par Christian Kerangall, actionnaire historique détenant vingt-trois pour cent (23 %) du capital, s’était fermement opposé à cette introduction en bourse.
Ce blocage reposait sur une lecture prudente de la situation : l’actionnaire estimait que les changements profonds au sein de la gouvernance, marqués par la nomination de Henri-Claude Oyima au poste de ministre d’État et l’arrivée d’une nouvelle équipe dirigeante, imposaient une période de stabilité préalable avant toute décision boursière d’envergure. Par la suite, la justice avait débouté la demande du groupe frondeur.
Un gouffre entre l’ambition et la réalisation
L’introduction en bourse a finalement débuté par une période de souscription allant du 11 novembre au 24 décembre 2025. Lors du lancement, les objectifs affichés par le leader bancaire de la zone CEMAC étaient sans équivoque : le groupe prévoyait de céder dix pour cent (10 %) de son capital pour lever un montant record de cent vingt-cinq milliards neuf cents millions de FCFA (125 900 000 000 FCFA). Avec un million cinq cent soixante-treize mille cinq cent trente-six (1 573 536) actions proposées au prix de quatre-vingt mille FCFA (80 000 FCFA) l’unité, l’opération devait théoriquement démontrer la profondeur financière de la région.
Cependant, à la clôture de l’opération, le bilan comptable est sans appel. Le montant réellement mobilisé s’élève à quarante-cinq milliards trois cent vingt-quatre millions huit cent quarante mille FCFA (45 324 840 000 FCFA), ce qui porte le taux de réalisation à seulement trente-six pour cent (36 %). « Je suis quand même surpris de voir comment l’on veut transformer en succès un échec sans précédent », note un observateur averti du marché financier local. En finance de marché, une opération qui ne parvient pas à couvrir les deux tiers de son offre est techniquement qualifiée de revers majeur, voire de camouflet.
Si le groupe a réussi à attirer sept mille six cent un (7 601) souscripteurs issus de vingt-quatre (24) pays, ce volume de participants ne suffit pas à compenser l’absence d’appétit des grands investisseurs institutionnels, qui ont boudé plus de soixante pour cent (60 %) de l’offre.
Un signal d’alerte pour la place financière
L’incapacité à lever les quatre-vingts milliards six cents millions de FCFA (80 600 000 000 FCFA) restants soulève des questions fondamentales sur la valorisation du titre. Le prix de quatre-vingt mille FCFA (80 000 FCFA) par action a-t-il été jugé trop onéreux ? La profondeur du marché de la BVMAC a-t-elle été surestimée par les arrangeurs ?
Pour de nombreux analystes, ce taux de souscription de trente-six pour cent (36 %) agit comme un test de réalité brutal. Si l’entrée de BGFI à la cote reste un événement pour la visibilité de la bourse régionale, le rejet massif des deux tiers de l’offre par le marché suggère une méfiance qui contraste avec la communication officielle. En conclusion, au regard de ses propres objectifs chiffrés, cette opération s’apparente davantage à un repli stratégique forcé qu’à l’éclatante victoire annoncée par l’institution.










