Le signal est discret, mais il révèle une évolution stratégique. En réorientant son programme Yam’NA vers les métiers liés à la transformation locale et aux secteurs verts, Eramet, à travers Comilog et la SETRAG, ne finance plus seulement des parcours académiques. Le groupe minier cherche à anticiper les besoins en compétences d’un Gabon qui ambitionne désormais de transformer davantage ses ressources sur son territoire.
Pour cette troisième édition, 50 nouvelles bourses seront attribuées dans plusieurs filières considérées comme prioritaires : métallurgie, sidérurgie, chimie, agroalimentaire et agroforesterie. Depuis le lancement du programme en 2024, près d’une cinquantaine d’étudiants ont déjà bénéficié de cet accompagnement : « Yam’NA est un programme qui traduit notre volonté d’accompagner le développement des compétences locales et de contribuer à la préparation des talents qui participeront aux transformations économiques du Gabon », explique Eramet.
Pour le groupe, l’objectif est clair : rapprocher la formation des besoins futurs de l’économie. « Les métiers de demain nécessiteront des compétences nouvelles, notamment dans les domaines industriels, technologiques et environnementaux. Il est donc essentiel d’investir dès aujourd’hui dans la formation des jeunes », poursuit l’entreprise.
Le défi de l’après-manganèse
Cette orientation intervient dans un contexte particulier. Depuis son arrivée au pouvoir, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a placé la transformation locale au cœur de sa stratégie économique. La décision d’interdire l’exportation du manganèse brut à partir de 2029 constitue l’une des mesures emblématiques de cette nouvelle approche.
L’ambition affichée par les autorités est de conserver davantage de valeur ajoutée sur le territoire national, en favorisant l’installation d’activités de transformation autour des ressources naturelles du pays.
Mais cette ambition soulève une question majeure : le Gabon disposera-t-il des compétences nécessaires pour accompagner cette mutation ?
Car une interdiction administrative ne suffit pas à créer une industrie. Elle peut orienter les investissements et protéger un marché, mais elle ne remplace ni les infrastructures, ni l’énergie, ni les financements, ni les ressources humaines qualifiées.
C’est précisément sur ce dernier point que Yam’NA entend agir. « La transformation locale ne pourra réussir que si elle s’appuie sur un capital humain capable de porter les nouveaux projets industriels », estime Eramet.
Former avant de transformer
Le défi est d’autant plus important que l’économie gabonaise reste encore largement dépendante des secteurs extractifs. Selon les données de la Banque mondiale, la croissance du pays demeure principalement portée par des activités intensives en capital et relativement peu créatrices d’emplois.
Entre 2019 et 2024, la croissance moyenne s’est établie autour de 2 %, tandis que le chômage touche près d’un actif sur cinq et que près de 29 % des jeunes ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.
Dans ce contexte, la formation apparaît comme un préalable incontournable à la diversification économique : « Notre responsabilité est aussi de contribuer à préparer les générations qui accompagneront les grandes évolutions industrielles du pays », indique Eramet.
La même logique concerne le secteur agricole. Avec l’objectif d’arrêter les importations de poulet de chair à partir de janvier 2027, le Gabon veut développer une production nationale et réduire sa dépendance extérieure. Là encore, la réussite dépendra de la capacité à disposer de techniciens, d’ingénieurs et d’entrepreneurs capables de structurer de nouvelles filières.
Un investissement encore limité, mais un signal fort
Les 50 nouvelles bourses Yam’NA ne suffiront évidemment pas à répondre à l’ensemble des besoins futurs de l’industrie gabonaise. Les secteurs de la métallurgie, de la chimie, de l’agro-industrie ou encore des métiers verts nécessiteront des milliers de profils qualifiés dans les prochaines années.
Mais pour Eramet, l’enjeu est aussi symbolique: « La transformation d’un pays ne se fait pas uniquement avec des investissements financiers. Elle se construit aussi avec des femmes et des hommes formés pour porter cette transformation », souligne le groupe.
À travers Yam’NA, Comilog et la SETRAG envoient ainsi un message : la bataille de la transformation locale ne se jouera pas uniquement dans les mines ou les usines, mais également dans les écoles et les centres de formation.
Car derrière la question de l’exploitation des ressources se cache désormais une interrogation essentielle pour le Gabon : après avoir décidé de transformer ses matières premières sur place, aura-t-il les compétences pour réussir cette nouvelle étape économique ?







