Les affirmations du ministre concernant des tentatives de corruption par « dépôts » de la part d’opérateurs pétroliers se heurtent toutefois à une réalité contractuelle qui rend de telles pratiques hautement improbables pour des sociétés pétrolières établies.
L’impossibilité structurelle de manipuler du « cash » chez les opérateurs constitue le premier obstacle à la thèse ministérielle. Contrairement à une vision simpliste de la corruption, une société pétrolière ne dispose pas de fonds liquides ou de caisses noires pour des transactions informelles, car tout flux financier sortant de la trésorerie est soumis à un contrôle rigoureux impliquant l’approbation de la maison-mère située à l’étranger.
Pour des entreprises comme BW Energy ou Tullow Oil, chaque dépense engagée doit faire l’objet d’une procédure de due diligence et d’un circuit de validation comportant au moins quatre ou cinq signatures sur les chèques. Étant pour la plupart cotées en bourse, ces sociétés sont auditées annuellement par des commissaires aux comptes internationaux, ce qui rend un versement occulte via un « dépôt » mobile extrêmement périlleux pour leur survie juridique mondiale.
L’analyse des contrats de partage de production révèle un second paradoxe central lié au mécanisme des coûts pétroliers (Cost Oil). L’État gabonais rembourse déjà aux opérateurs la quasi-totalité de leurs dépenses, qu’il s’agisse des fonds de formation, d’équipement aux hydrocarbures ou d’atténuation d’impact, à travers leur récupération sur la part de production d’huile.
Dans ce système, l’intérêt d’un opérateur à corrompre une autorité pour obtenir une facilité est quasi nul, puisque la loi et les contrats prévoient déjà les mécanismes d’extension de permis ou de bonus. Corrompre reviendrait ainsi à payer pour un droit déjà acquis et légalement remboursable par l’État.
Une confusion possible pourrait exister dans le discours ministériel entre les opérateurs détenteurs de permis et les prestataires de services. Alors que les opérateurs sont verrouillés par des partenaires de permis et des audits internationaux, les prestataires — souvent des sociétés locales de génie civil ou de bâtiment — pourraient être tentés de proposer des commissions pour obtenir des marchés auprès du ministère dans le cadre des fonds de provision pour investissement.
Si les faits dénoncés sont réels, ils pointeraient davantage vers ces intermédiaires que vers les compagnies pétrolières elles-mêmes.
Enfin, la gravité de ces accusations d’actes de corruption au sein de la haute administration appelle une réaction immédiate de l’appareil judiciaire. Pour garantir la transparence et l’État de droit, la justice devrait ouvrir une enquête diligente afin d’identifier formellement les auteurs de ces tentatives de corruption. Dans cette optique, le ministre Sosthène Nguéma Nguéma devrait être entendu par le parquet pour fournir les preuves matérielles et l’identité des opérateurs ou prestataires incriminés.
Sans cette suite judiciaire, ces propos risquent de fragiliser inutilement la crédibilité du Gabon face aux investisseurs internationaux et aux instances comme l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE).










