C’est à Paris, le 23 juin, que se jouera une partie de la réponse. Selon les informations d’Africa Intelligence, la directrice générale de l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (Agadev), Scyrielle Sende Etali, doit y parapher un protocole d’entente avec LVMH portant sur « l’approvisionnement en produits forestiers non ligneux ». Un texte encore exploratoire, mais dont la portée symbolique dépasse largement son contenu juridique : pour la première fois, le Gabon négocierait en direct avec une maison de luxe, sans passer par la chaîne d’intermédiaires qui caractérise traditionnellement le commerce des matières premières africaines.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Cet accord intervient un mois avant la visite d’État du président Brice Clotaire Oligui Nguema à Paris, prévue le 20 juillet, précise Africa Intelligence. Une séquence diplomatique qui permet à Libreville d’afficher, avant même l’arrivée du chef de l’État sur le sol français, sa capacité à attirer les grands noms du secteur privé.
Ce que LVMH cherche en Afrique centrale
Le groupe de Bernard Arnault ne s’aventure pas dans les forêts équatoriales par hasard. D’après Africa Intelligence, l’objectif du groupe est de « sécuriser la réception de matières premières rares et traçables, en cohérence avec ses engagements environnementaux ». Le moabi et l’odika, deux essences emblématiques de la forêt gabonaise, entrent précisément dans cette catégorie de ressources convoitées : le « beurre de moabi » est décrit par la source comme « un puissant émollient naturel », tandis que l’« huile d’odika » est, toujours selon Africa Intelligence, « prisée pour son effet anti-âge ».
Une stratégie de contournement des intermédiaires
Du côté gabonais, l’enjeu dépasse la simple signature d’un protocole. Africa Intelligence rapporte que les autorités gabonaises cherchent à « contourner les intermédiaires en accédant à un acteur capable d’absorber des volumes significatifs » et à « capter une part plus importante de la valeur en amont ». Il s’agit aussi, selon la même source, de « démontrer la capacité du pays à approvisionner directement les maisons de luxe, en dehors des circuits extractifs habituels ». Un test qui, en cas de réussite, pourrait ouvrir d’autres portes dans la parfumerie, la cosmétique ou la santé, secteurs tout aussi friands de ces ressources forestières non ligneuses.
Sortir la biodiversité du seul marché carbone
Cette initiative s’inscrit dans une ambition plus large portée par l’Agadev, créée en 2025. Selon Africa Intelligence, l’agence « veut sortir du schéma classique de valorisation de la biodiversité, limité jusqu’ici au marché du carbone et aux zones naturelles protégées, pour en faire un actif économique à part entière ». À terme, Libreville vise la structuration d’une véritable filière artisanale, capable de fournir directement des clients haut de gamme plutôt que d’exporter des matières premières brutes à faible valeur ajoutée.
Le déplacement européen de Scyrielle Sende Etali ne s’arrêtera pas à Paris. Toujours selon Africa Intelligence, la dirigeante de l’Agadev se rendra ensuite à Londres, où elle participera à deux sessions organisées par Wilton Park dans le cadre de la London Climate Action Week, aux côtés d’institutions telles que le Fonds monétaire international, le Green Climate Fund, le NDC Partnership, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables ou encore l’OCDE — autant d’occasions de plaider, sur la scène internationale, la cause d’une économie verte gabonaise en quête de nouveaux débouchés.







