Il y a un nom que personne n’a prononcé, ce week-end, sur l’avenue Jean-Paul II. Celui d’Alain-Claude Bilie-By-Nze. Le dernier à avoir fait vivre la Fête des cultures, avant huit ans d’éclipse, a regardé « sa » manifestation renaître de loin, s’il l’a regardée, depuis une cellule de la prison centrale.
Son parti, lui, n’a pas voulu de ce silence. « Sur cette fête plane une ombre », écrit Ensemble pour le Gabon (EPG) dans un communiqué diffusé à la clôture : celle d’un homme « dont le nom est intimement lié à l’histoire récente de cette manifestation ». La formation ne demande qu’une chose, au fond : qu’on n’efface pas un nom. « On peut juger un homme. La justice doit juger les faits. Mais l’histoire, elle, doit être racontée. »
Derrière les grandes phrases, il y a d’abord deux personnes. En 2008, la Fête des cultures manque d’être annulée, faute de budget. Une femme, Baba Ramatou, avance cinq millions de francs CFA pour la sauver, contre la promesse d’un remboursement qui ne viendra jamais. Elle attendra dix-sept ans avant de porter plainte. C’est elle qui, à la mi-avril, envoie l’ancien Premier ministre, membre du comité d’organisation à l’époque, aux mains de la Direction générale des recherches, puis en cellule, pour escroquerie et abus de confiance présumés.
Ses avocats plaident la prescription, acquise selon eux depuis 2011, et dénoncent une procédure taillée sur mesure. En vain jusqu’ici : liberté provisoire refusée, requête en nullité rejetée. Ses partisans, eux, comptent les années à voix haute. Dix-sept, pile au moment où Bilie-By-Nze s’impose comme le principal adversaire du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Le paradoxe, pourtant, tenait tout entier dans un visage, à la tribune. Celui du père Paul Mba Abessole, salué par les officiels. C’est ce prêtre et opposant historique qui, maire de Libreville, avait créé la Fête des cultures en 1997. C’est aussi lui le père politique de Bilie-By-Nze, qui fit ses armes dans son parti et gravit les échelons dans son sillage. Dimanche, le vieux mentor était sur l’estrade. Son ancien poulain, dans une cellule.
Sur l’avenue Jean-Paul II, on a dansé le Mwiri, le Bwiti et les rythmes du Sénégal, invité d’honneur, célébré la transmission et la mémoire. De toutes les mémoires, sauf d’une. « Certaines absences, parfois, en disent plus long que toutes les présences », conclut l’EPG. À ce jour, Alain-Claude Bilie-By-Nze demeure incarcéré à la prison centrale de Libreville, dans l’attente d’une procédure que sa défense continue de dire prescrite.






