Le ton est donné dès les premiers mots. « Le gouvernement de la République a pris connaissance, avec une profonde indignation, des propositions gravement injurieuses et outrageantes à l’encontre de son Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, Chef du gouvernement », déclare Germain Biahodjow. La cible ne s’arrête pas au chef de l’État. Le ministre vise aussi les propositions tenues « à l’endroit de la Première dame, de sa mère, de son père et d’autres personnalités ».
L’auteur est nommément désigné. Il s’agit, selon la déclaration, du « dénommé Ange Landry Mbeng, plus souvent connu sous le pseudonyme de Lanlaire ». L’activiste, installé de longue date en Europe, s’était illustré le week-end écoulé lors d’un direct particulièrement virulent visant le président et son entourage.
La condamnation est sans détour. « Le gouvernement condamne avec la plus grande fermeté ces agissements qui constituent une dérive inacceptable du débat public », affirme le ministre. Des agissements qui, poursuivis-il, « portent atteinte non seulement à la dignité des personnes visées, mais également au respect dû à la plus haute institution de la République ».
À l’endroit du chef de l’État et de sa famille, Germain Biahodjow affiche la « solidarité pleine et entière » de l’exécutif, ainsi que son « soutien sans réserve face à ce spectacle indigne ». Des propos qui, selon lui, « choquent la conscience collective » et « dépassent manifestement les limites admissibles de la critique politique et de la liberté d’expression ».
Le ministre pose alors la frontière. « La liberté d’expression consacrée par la Constitution de notre pays ne saurait être détournée pour justifier l’outrage, l’injure, la diffamation, l’humiliation ou toute autre forme d’atteinte à la dignité de la personne humaine », rappelle-t-il. Le message est clair. Pour le gouvernement, la critique s’arrête là où commence l’insulte.
Vient l’appel à la justice. « Dans le strict respect de l’indépendance de la justice, le gouvernement invite les autorités judiciaires compétentes à examiner les faits et à prendre toutes les dispositions prévues par la loi », indique le ministre. Il cite nommément « l’article 158 et suivants du Code pénal s’agissant des propositions visant le Président de la République ». La formule qui suit sonne comme un avertissement. « L’impunité sur les réseaux sociaux doit cesser », martèle Germain Biahodjow.
L’exécutif élargit ensuite la focale. Il dit réaffirmer sa « détermination inflexible à faire respecter l’État de droit, l’ordre public et la dignité de chaque Gabonais, du sommet de l’État aux citoyens, quel que soit son rang social ».
La sortie n’est pas isolée. Deux jours plus tôt, lundi 10 août, la Haute autorité de la communication avait suspendu le site Info 241, coupable à ses yeux d’avoir relayé les accusations de Lanlaire. La séquence dessine une riposte institutionnelle coordonnée.
Le calendrier, enfin, n’est pas neutre. « En cette période de la commémoration de l’indépendance de notre pays et de la fête de la libération, le peuple gabonais doit plus que jamais s’attacher au respect des valeurs cardinales qui constituent le socle de notre vie ensemble », conclut le ministre, qui appelle « chaque citoyen à la responsabilité, à la retenue et au respect de la dignité humaine ».
Reste une inconnue de taille. Ange Landry Mbeng réside à l’étranger, ce qui complique toute action judiciaire immédiate. Entre fermeté affichée et exécution concrète, l’État devra désormais démontrer que ses avertissements ne resteront pas lettre morte.







