L’état brut, c’est fini
Le constat qu’Oligui Nguema dresse est celui d’une rente qui a trop duré. Le Gabon extrait depuis des décennies l’un des gisements de manganèse les plus importants au monde, situé à Moanda, sans en capter la valeur industrielle. « On ne peut plus accepter que le manganèse continue à sortir à l’état brut parce qu’on perd de la valeur monétairement », a-t-il déclaré, en insistant sur la nécessité de créer des emplois locaux pour une jeunesse qui attend.
La transformation sur le sol gabonais n’est donc plus une option ni une négociation ouverte. C’est une exigence. Et elle a une date : 2029. « Si rien ne transforme en 2029, le manganèse ne sortira pas », a-t-il martelé, dans une formule qui restera comme l’une des déclarations économiques les plus tranchées de son mandat.
Eramet dans le viseur, sans mise en demeure formelle
Le président a pris soin de ne pas donner à cette déclaration les allures d’une rupture. Eramet n’est pas chassé, la relation n’est pas rompue. « Nous ne chassons pas Eramet. Nous ne chassons personne. Mais nous voulons diversifier nos partenaires. Nous voulons travailler avec tout le monde. » Ce que le chef de l’État conteste, c’est le modèle lui-même : le monopole, l’exclusivité contractuelle, la rente perpétuée. « On ne peut plus avoir le monopole. C’est la fin des rentes. C’est la fin des exclusivités dans les contrats. »
Un changement de paradigme assumé, que le président inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté économique, dont le rachat de la compagnie pétrolière Assala constitue, selon lui, la première démonstration concrète. « Quand j’ai pris la décision de racheter une partie de notre pétrole, personne n’y croyait. Aujourd’hui, Assala plus GOC, nous sommes producteurs numéro un de notre propre pétrole. »
Macron, arbitre inattendu du dossier
C’est l’élément le plus politique de l’entretien. Un accord sur la transformation du manganèse aurait été trouvé en présence d’Emmanuel Macron, lors d’une rencontre à trois avec Eramet. Oligui Nguema a tenu à saluer personnellement le rôle joué par l’Élysée. « Je remercie le président Macron, qui a essayé de trouver cet accord avec Eramet et qui a une pensée un peu comme la mienne. C’est la fin des rentes, la fin du monopole. »
Mais l’accord de principe ne suffit pas. Le président gabonais surveille désormais l’exécution. « Ce que j’attends, c’est que les choses commencent. Ce qui a été dit devant le président Macron, les engagements que nous avons pris ensemble, à trois, que Eramet les respecte et qu’il commence à transformer. »
Des mots qui sonnent moins comme une invitation que comme un avertissement, à quelques semaines de la visite d’État prévue à Paris le 20 juillet, où ce dossier figurera inévitablement à l’agenda.







