Le terrain choisi, cette fois, en dit long. En une dizaine de jours, le président a enchaîné Accra, Banjul, Freetown et, depuis le 4 août, Abidjan. Quatre capitales d’Afrique de l’Ouest, une région longtemps restée à la lisière d’une diplomatie gabonaise arrimée à la CEMAC et au monde francophone. Le calendrier appuie sur le trait. À peine rentré d’une visite d’État en France, en juillet, Oligui Nguema a immédiatement repris l’avion. Pas vers un partenaire historique, mais vers ce voisinage africain que Libreville avait fini par négliger.
Accra, Banjul, Freetown
Première escale, Accra, du 28 au 30 juillet. Le choix du Ghana n’a rien d’un hasard. En s’affichant dans l’une des démocraties les plus solides et l’une des économies les plus vivantes de la sous-région, le président gabonais est venu chercher davantage qu’un tapis rouge. Il a d’ailleurs réservé sa dernière séquence à la communauté gabonaise du Ghana, façon de faire de la diaspora un relais de cette diplomatie d’influence encore en construction.
Deuxième arrêt, Banjul. En Gambie, la visite a débouché sur quatre accords, dans des secteurs volontairement terre à terre : agriculture, tourisme, santé, enseignement supérieur. De quoi rappeler que l’exercice ne se résume pas aux honneurs militaires et aux formules de circonstance.
Mais c’est à Freetown que la tournée a livré son moment le plus concret. Reçu au State House par Julius Maada Bio, Oligui Nguema a scellé, par la signature des deux ministres des Affaires étrangères, un protocole d’accord général de coopération d’une ampleur sans précédent entre les deux pays. Le texte ratisse large : commerce, investissements, agriculture, éducation, santé, tourisme, culture, transports, énergie, ressources minières, sciences. Et, plus surprenant, sécurité et défense. Sur ce point, les deux États entendent mutualiser leurs moyens contre la piraterie maritime, mieux protéger leurs frontières et préserver leurs ressources halieutiques. L’accord prévoit également l’ouverture réciproque de missions diplomatiques, une exemption de visa pour les diplomates et les détenteurs de passeports de service, et la mise en place d’une commission mixte pour en suivre l’application.
Sortir du pré carré francophone
Reste le symbole, et il pèse lourd. La Sierra Leone est un pays anglophone, longtemps hors du champ de vision de la diplomatie gabonaise. En s’y rendant, cinq ans après la salle de Maada Bio à Libreville en décembre 2020, Oligui Nguema tourne le dos au vieux réflexe francophone. Son hôte n’a pas manqué, en retour, de saluer la candidature gabonaise au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, glissant sous l’agenda économique un enjeu strictement politique : celui d’une voix retrouvée sur la scène continentale.
La tournée, du reste, n’est pas terminée. Au soir du 4 août, le couple présidentiel s’est posé à Abidjan, où Oligui Nguema est l’invité d’honneur d’Alassane Ouattara pour le 66e anniversaire de l’indépendance ivoirienne, célébré le 7 août aux côtés de plusieurs chefs d’État du continent. Le registre change. Après trois capitales anglophones et une poignée d’accords bilatéraux, la Côte d’Ivoire francophone offre surtout une tribune. Entre visites de projets, rencontres avec la diaspora gabonaise et échanges avec ses pairs, c’est l’autre versant de la même ambition qui s’affiche : la visibilité continentale.
Car cette tournée ouest-africaine n’est pas un coup isolé. En mai déjà, le président gabonais avait enchaîné l’Angola, Djibouti, le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda, où il participait à l’Africa CEO Forum de Kigali, vitrine de son Plan national de croissance et de développement 2026-2030. D’un bout à l’autre du continent, le discours ne change pas : diversifier les partenaires, attirer des capitaux, faire de la diplomatie un levier de développement.







