La vision du temps : “Plan Marshall” contre “Changement de vent”
Nadia Christelle Koye place son argumentaire sous le signe de la patience historique. Pour elle, la résolution des crises nécessite « le temps et la méthode ». Elle compare l’effort actuel à des plans de redressement mondiaux qui « sont nécessairement étalés sur cinq ans minimum (New deal, plan Marshall, Covid, etc.) ». Selon elle, le Plan National de Croissance et de Développement (PNCD) n’est pas une baguette magique mais un processus qui « exige des moyens colossaux, d’où le recours à l’emprunt pour le financer ». Elle martèle que la transformation du Gabon « n’est pas une chimère » mais une réalité dont « les prémices en témoignent ».
Noël Biloghe Bi-Ndong, à l’inverse, voit dans ce recours à la sémantique du temps une forme d’opportunisme. Pour le cadre de l’EPG, l’engagement politique « ne s’abandonne pas au premier changement de vent politique ». Il balaie la légitimité de sa contradictrice à parler de futur alors qu’elle aurait, selon lui, renié le passé récent. Il raille ceux qui ont choisi de « rallier le pouvoir issu d’un coup d’État » et qui devraient, à son sens, « faire preuve d’un peu plus de retenue avant de prétendre donner des leçons de courage politique ».
La souveraineté économique : “Réappropriation” contre “Gestion des fonds”
Sur le terrain économique, la sénatrice de l’UDB exalte la fin de la dépendance. Elle dresse un tableau sombre de l’héritage reçu : « infrastructures défectueuses », « réseau routier à l’abandon » et une « dette vertigineuse émotive ». Pour y remédier, elle salue des mesures de rupture comme « le rachat de ASSALA, SEEG, SNBG, FLYGABON » pour, dit-elle, « se réapproprier notre souveraineté économique ». Elle conclut en appelant à ne plus faire confiance aux « fossoyeurs de l’économie gabonaise et à leurs apparentés ».
Noël Biloghe Bi-Ndong déplace le débat sur la moralité et la gestion passée de l’intéressée. Il rappelle avec insistance son passage à la tête de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale : « Vous êtes, sauf erreur, la seule directrice générale de cette institution à avoir été relevée de ses fonctions par décision de son propre conseil d’administration ». Il pose la question qui fâche : « Qu’est devenu l’argent de la CNAMGS durant votre gestion ? ». Pour lui, avant de distribuer des « certificats de légitimité politique », il conviendrait de répondre sur son propre bilan comptable.
La légitimité politique : “Praxis de terrain” contre “Vérité des urnes”
La confrontation atteint son paroxysme sur la définition de l’opposition. Nadia Christelle Koye fustige ce qu’elle appelle des « gesticulations politiciennes des partis politiques sous assistance respiratoire ». Elle estime que le poids d’un parti se mesure à la « praxis politique sur le terrain » et non à la « multiplication des critiques sur les réseaux sociaux ». Elle assène : « L’opposition ne se décrète pas ex nihilo », la qualifiant de processus démocratique et non de « contestation compulsive ».
La réplique de Noël Biloghe Bi-Ndong est historique. Il rappelle que lors du scrutin d’août 2023, Mme Koye représentait l’opposant Albert Ondo Ossa : « Qu’avez-vous fait pour défendre la victoire du candidat que vous représentiez ? Quels procès-verbaux avez-vous produits ? ». Il l’accuse d’avoir « déserté la vérité des urnes » pour se rapprocher du pouvoir. Pour lui, il est « étonnant de voir ceux qui ont déserté le combat démocratique expliquer à ceux qui continuent de le mener ce que devrait être l’opposition ».










