Une sanction romaine d’une rare fermeté
Vingt-quatre heures. C’est le délai qu’il aura fallu à Rome pour réagir. Dans un décret rendu public le 2 juillet et signé par le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, le Saint-Siège constate l’excommunication *latae sententiae* des principaux acteurs de l’ordination controversée : les évêques consécrateurs Mgr Alfonso de Galarreta et Mgr Bernard Fellay, ainsi que les quatre nouveaux évêques issus de la cérémonie d’Écône, Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier.
La veille, mercredi 1er juillet, plusieurs milliers de fidèles avaient assisté à ces sacres célébrés sans mandat pontifical en Valais suisse, en violation directe de l’autorité romaine. Le pape Léon XIV avait pourtant adressé un appel pressant aux responsables du mouvement : « Je vous supplie du fond du cœur : revenez sur votre décision ! »
Le texte va plus loin que les sanctions de 1988, levées en 2009 par Benoît XVI. Cette fois, la mesure vise également les clercs et les fidèles laïcs qui adhèrent formellement à la Fraternité, élargissant considérablement le champ des conséquences canoniques.
Sont par ailleurs révoquées les dispositions d’assouplissement accordées ces dernières années par le pape François, notamment la reconnaissance des confessions (2015) et des mariages (2017) célébrés par la FSSPX. Une seule exception demeure : en danger de mort, tout prêtre, même excommunié, peut toujours conférer validement l’absolution.
Le Gabon, mémoire fondatrice du lefebvrisme
Si la portée du décret est mondiale, son écho est particulièrement sensible au Gabon. C’est en effet dans ce pays que Marcel Lefebvre a posé les bases de son expérience missionnaire. Arrivé en novembre 1932 comme père spiritain, il enseigne au séminaire de Libreville dont il devient directeur en 1934. Il sillonne ensuite les zones de brousse de Donguila, Lambaréné et N’djolé, apprend le fang et participe activement à l’organisation de la mission catholique jusqu’à son départ en 1945.
Après la création de la Fraternité en 1970, c’est à la demande de l’un de ses anciens élèves, Mgr François Ndong, premier évêque gabonais, que le mouvement choisit de s’implanter durablement au Gabon, plutôt qu’au Sénégal ou en Côte d’Ivoire.
En 1986, la mission Saint-Pie X de La Peyrie ouvre ses portes à Libreville. Elle devient rapidement l’un des principaux points d’ancrage africains de la Fraternité, accompagnée de l’école du Sacré-Cœur qui accueillait encore près de 250 élèves lors de la visite de Mgr de Galarreta en novembre 2018. Ce dernier, aujourd’hui frappé par l’excommunication, y avait administré la confirmation à 56 fidèles. Le site poursuivait jusqu’à récemment ses activités éducatives et pastorales.
Des fidèles dans l’incertitude ?
Sur le plan canonique, les conséquences sont immédiates : mariages et confessions célébrés dans les structures de la FSSPX ne sont plus reconnus par l’Église catholique.
Rome nuance toutefois sa position. La sanction ne vise pas indistinctement les fidèles, mais ceux qui adhèrent formellement à la Fraternité. La simple participation ponctuelle à ses offices n’est pas, en soi, constitutive de rupture : le Saint-Siège renvoie à une note de 1996, qui invite à apprécier cette adhésion au cas par cas.
À Libreville, ni la mission de La Peyrie ni l’archevêché, dirigé par Mgr Jean-Patrick Iba-Ba, n’avaient réagi officiellement à l’heure de la publication. Le Vatican assure néanmoins vouloir « accueillir avec une affection sincère » les fidèles souhaitant revenir à la pleine communion.
Dans le pays où Lefebvre fit ses premières armes missionnaires, la fracture d’Écône ne relève plus seulement d’un débat théologique : elle s’inscrit désormais dans une histoire locale, chargée de mémoire et de fidélités croisées.







