Trente-neuf jours après l’arrestation de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, ses proches ont rompu le silence dans une déclaration de presse au ton grave, presque solennel. Derrière les mots soigneusement choisis, une accusation lourde se dessine : celle d’une justice qui pourrait être utilisée comme arme politique : « À un moment de l’histoire d’une Nation, le silence cesse d’être une vertu et devient une faute », déclare la famille, la voix chargée d’émotion. Depuis plus d’un mois, l’ancien chef du gouvernement, arrivé deuxième à l’élection présidentielle d’avril 2025, est détenu à la maison d’arrêt de Libreville, maintenu à l’isolement. Une situation que ses proches jugent incompatible avec les principes fondamentaux de l’État de droit.
Le texte va bien au-delà de la simple défense d’un homme politique. Les proches d’Alain-Claude Bilie-By-Nze parlent d’un « fils, frère, époux et père ». Ils décrivent une famille suspendue à l’attente, à l’angoisse et à l’incompréhension. « Nous venons vous parler non pas en militants, ni en cadres d’un parti, mais en père, mère, frères, sœurs et proches », insistent-ils.
Au cœur du dossier, des faits remontant à 2008, liés à l’organisation de la Fête des Cultures. Selon la famille, en l’absence de décaissement public, plusieurs membres du comité d’organisation avaient contribué sur leurs fonds propres afin de sauver l’événement. Alain-Claude Bilie-By-Nze aurait versé trois millions de francs CFA, tandis que Ramatou Baba aurait apporté cinq millions de francs CFA.
Dès lors, une question revient comme un refrain dans cette déclaration : « Pourquoi maintenant ? ». Pourquoi des faits vieux de dix-huit ans ressurgissent-ils aujourd’hui « avec une telle vigueur judiciaire » dans un contexte où l’ancien Premier ministre multipliait les prises de parole critiques sur la conduite des affaires publiques ?
La famille parle d’« inquiétude légitime » et évoque ce qui pourrait « s’apparenter à une instrumentalisation de la justice ». Les conditions de l’interpellation sont également dénoncées avec force : « des individus encagoulés, un véhicule bloquant la route, la saisie d’effets personnels, et une identification policière intervenue a posteriori ». Pour les proches de l’ancien Premier ministre, « une telle situation n’est pas compatible avec un État de droit ».
Mais ce sont surtout les citations de magistrats et de greffiers qui donnent à cette affaire une dimension plus inquiétante encore. La famille reprend les propos du président du Syndicat national des greffiers du Gabon : « L’affaire Bilie-By-Nze met en lumière un enjeu central : la frontière entre justice et politique. Sans garanties solides d’impartialité, une telle arrestation risque de fragiliser la confiance des citoyens dans les institutions et de renforcer les tensions politiques, plutôt que de servir la justice. »
Puis vient cette autre phrase, attribuée au président du Syndicat national des magistrats du Gabon, qui résonne comme un avertissement : « L’incarcération d’Alain-Claude Bilie-By-Nze ne sert ni notre démocratie, ni la crédibilité et l’indépendance de notre justice. On finit toujours par payer le prix de ses décisions. »
Dans un pays encore marqué par des décennies de tensions politiques, ces mots frappent l’opinion. Car derrière le sort réservé à un ancien Premier ministre, c’est une interrogation plus profonde qui surgit : le Gabon de l’après-transition est-il réellement en train de bâtir une justice indépendante ?
La déclaration rappelle avec émotion les espoirs nés après le renversement du régime d’Ali Bongo Ondimba le 30 août 2023. « Beaucoup ont cru qu’une nouvelle République allait naître. Une République plus juste. Plus humaine. Plus respectueuse des libertés et de la dignité des citoyens. »
Puis cette phrase, courte et brutale : « Cet espoir appartient au peuple gabonais. Il ne doit pas mourir. »
Au fil des lignes, la famille transforme le cas Bilie-By-Nze en symbole national. « Une injustice tolérée aujourd’hui peut devenir la norme de demain », avertit-elle. « Nul n’est à l’abri d’un système qui, une fois dévoyé, finit toujours par atteindre chacun, directement ou indirectement. »
Dans un ultime appel, les proches demandent une libération provisoire afin que l’ancien Premier ministre puisse préparer sa défense « librement » et dans le respect de ses droits.
Mais au-delà de la procédure judiciaire, c’est un cri adressé à la conscience collective gabonaise qui transparaît dans cette déclaration. Celui d’une famille qui dit craindre que le silence, encore une fois, ne finisse par banaliser l’inacceptable.







