Le chiffre est considérable : près de 1 700 milliards de francs CFA que la Cour des comptes entend voir reversés au Trésor public. Quelque 600 personnes physiques et morales sont concernées. Le premier président de la juridiction, Alex Euv Moutsiangou, l’a indiqué sur la chaîne publique Gabon 24 : le délai court depuis le lundi 7 septembre et s’achèvera le 7 octobre. À l’issue de cette période, les débiteurs qui ne se seraient pas acquittés de leur dette pourraient être renvoyés devant la Cour criminelle spécialisée. Selon RFI, c’est le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui aurait fixé cette échéance d’un mois afin d’accélérer la restitution des fonds dus à l’État.
Un stock accumulé sur deux décennies
Encore faut-il préciser ce que recouvre ce total. Les 1 700 milliards ne constituent pas une somme déjà encaissée par l’État, ni le constat qu’un tel montant aurait été détourné dans son intégralité. Il s’agit, selon la Cour, d’un stock de débets et d’amendes accumulé sur une vingtaine d’années, à la suite de décisions financières visant des comptables publics et des ordonnateurs de crédits, parmi lesquels des ministres, des maires et des présidents d’assemblées départementales. « 1 700 milliards de CFA, c’est l’équivalent du budget de certains pays », a souligné Alex Euv Moutsiangou pour illustrer l’ampleur du dossier. Dans son bilan, l’institution revendique 368 missions de contrôle et un taux d’exécution de 89,40 %.
Les personnes concernées ont été « mises en débet » : elles sont tenues de rembourser sur leurs propres deniers les sommes que la juridiction financière estime avoir été distraites. En droit gabonais, cette procédure est quasi imprescriptible : elle demeure applicable, selon la Cour, jusqu’à la quatrième génération après le décès du débiteur principal.
L’enjeu du recouvrement effectif
Au-delà de l’annonce, le principal défi reste la récupération concrète des sommes. Jusqu’ici, peu de débiteurs se seraient acquittés de leur dette, et ceux qui remboursent verseraient des montants modestes, selon des sources proches du dossier citées par la presse locale. Une source ayant requis l’anonymat avance qu’un seul débiteur devrait à lui seul près de 800 milliards de FCFA, soit près de la moitié du total. Cette information n’a pas été confirmée officiellement et aucune procédure judiciaire n’a, à ce stade, permis de l’établir publiquement.
Le suivi du recouvrement des débets et amendes est désormais assuré par le parquet général, dans une logique de continuité entre les décisions rendues et leur exécution. Les autorités rappellent toutefois que l’expiration du délai n’entraîne pas automatiquement une incarcération : le recouvrement relève d’abord de l’exécution des décisions de la juridiction financière, et des poursuites pénales ne peuvent intervenir que si les faits établis sont susceptibles de constituer des infractions.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de discipline budgétaire. En octobre 2025, le ministre d’État à l’Économie, Henri-Claude Oyima, avait lancé une opération de recouvrement de plus de 800 milliards de FCFA de créances auprès d’opérateurs économiques. Début septembre, l’ancien ministre Franck Nguema a plaidé pour un recouvrement rapide et un audit permanent des financements sociaux, des propos qui n’engagent que leur auteur.
Les prochaines semaines diront quelle part de cette créance l’État parviendra effectivement à recouvrer.







