Le ciel se referme un peu plus sur les liaisons aériennes entre le Maghreb et l’Afrique centrale. À peine vingt-quatre heures après l’annonce d’une réduction de voilure opérée par Turkish Airlines sur certaines dessertes africaines, Royal Air Maroc (RAM) a officialisé, dimanche 24 mai 2026, la suspension provisoire de sa liaison reliant Casablanca à Libreville. Une décision qui illustre les turbulences traversées par le transport aérien africain, pris en étau entre la flambée des coûts énergétiques et l’essoufflement de la demande régionale.
Le kérosène au cœur de la tempête
Dans un communiqué relayé par l’agence de presse marocaine, la compagnie nationale marocaine reconnaît être confrontée à une détérioration brutale de son environnement économique. En cause : l’envolée persistante des prix du carburant aérien, alimentée par les tensions géopolitiques internationales, notamment au Moyen-Orient, mais également une baisse de rentabilité sur plusieurs routes africaines et européennes.
Pour la RAM, le maintien de certaines dessertes est devenu financièrement difficile dans un contexte où les recettes commerciales ne compensent plus l’explosion des charges opérationnelles : « La compagnie indique devoir adapter son réseau face à la forte hausse des prix du kérosène et à un ralentissement de la demande sur certaines dessertes », précise le communiqué officiel de la compagnie.
Cette équation économique fragilise particulièrement les lignes long-courriers africaines, historiquement coûteuses à exploiter en raison des distances, des taxes aéroportuaires élevées et des coefficients de remplissage parfois irréguliers.
Libreville parmi les principales victimes de la restructuration
La suspension de la liaison Casablanca-Libreville ne constitue qu’un volet d’un plan de restructuration plus large engagé par la compagnie marocaine. Plusieurs capitales d’Afrique centrale voient temporairement disparaître leur connexion directe avec le hub de Casablanca, notamment Bangui, Brazzaville, Kinshasa, Douala et Yaoundé.
L’Europe n’échappe pas non plus à cette cure d’austérité. Depuis Marrakech, les lignes vers Marseille, Lyon, Bordeaux et Bruxelles sont suspendues, tandis que Tanger perd également ses connexions vers Barcelone et Malaga.
Cette réduction du réseau traduit une stratégie de recentrage destinée à préserver les équilibres financiers du groupe dans un contexte international particulièrement volatil.
Casablanca, un hub africain fragilisé ?
Longtemps présenté comme l’un des principaux carrefours aériens entre l’Afrique et l’Europe, le hub de Casablanca se retrouve aujourd’hui confronté à une réalité économique plus brutale. Pour les analystes du secteur, la décision de la RAM met en lumière la vulnérabilité persistante des compagnies africaines face aux chocs exogènes, notamment ceux liés à l’énergie.
Le transport aérien demeure en effet extrêmement dépendant des cours pétroliers. Or, dans de nombreuses compagnies africaines, le carburant représente parfois jusqu’à 40 % des coûts d’exploitation. Une variation prolongée des prix du baril suffit donc à déséquilibrer des modèles économiques déjà fragiles.
Au-delà de l’impact commercial, cette suspension risque également de compliquer les déplacements des communautés d’affaires, des étudiants et des voyageurs en transit entre le Gabon, le Maroc et l’Europe.
Reste désormais une inconnue majeure : la durée réelle de cette suspension « provisoire ». Car tant que les tensions internationales continueront d’alimenter la hausse du brut, les compagnies aériennes africaines pourraient être contraintes de multiplier les arbitrages douloureux sur leurs réseaux.






