L’ennemi est minuscule et il ignore les douanes. Un charançon dans un sac de semences, une mouche des fruits dans une cargaison de mangues, et c’est une filière qui vacille. Chaque année, ravageurs et maladies détruisent 40 % des cultures vivrières de la planète, plus de 220 milliards de dollars envolés. Le chiffre, rappelé à l’ouverture par Jeannot Ghislain Mbourou, directeur général du Comité inter-États des pesticides d’Afrique centrale, a posé le décor. C’est contre cette saignée silencieuse que Libreville a réuni le continent.
Jusqu’à ce vendredi, la capitale gabonaise accueille les organisations nationales de protection des végétaux de plus de quarante pays, aux côtés d’experts de la FAO, du secrétariat de la CIPV et du Conseil phytosanitaire interafricain de l’Union africaine. À la manœuvre, l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire. Le mandat tient en une phrase : accorder les positions africaines sur les futures Normes internationales pour les mesures phytosanitaires, les NIMP, pour que le continent pèse enfin dans des règles trop souvent élaborées loin de ses réalités.
Derrière l’entomologie, le commerce. L’atelier avance dans le sillage de la ZLECAf, cette zone de libre-échange que l’Afrique veut faire décoller. Un poivron produit ici ne franchira la frontière voisine que si son certificat sanitaire y est reconnu. Multipliez la scène par les cinquante-quatre États du continent et vous tenez l’un des vrais freins aux échanges agricoles africains : moins les tarifs que les tampons. C’est cette mécanique que les délégués s’emploient à dégripper, à coups d’ePhyto, le certificat électronique censé couper court à la fraude et raccourcir l’attente aux ports.
Sur le fond, les travaux passent au crible des normes très concrètes : agrumes, semences, fruits, bananes, tubercules. Le quotidien des marchés africains, traduit en protocoles et en articles.
Le Gabon a soigné le rendez-vous. Le ministre de l’Agriculture étant empêché, c’est le capitaine de vaisseau Martial Moussavou, ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue, qui a ouvert les travaux. La protection des végétaux, a-t-il souligné, n’est plus une affaire d’ingénieurs mais de souveraineté alimentaire et de biodiversité, à l’heure où le dérèglement climatique, l’intensification des échanges et la mobilité des populations font circuler les nuisibles plus vite que jamais. Jean Delors Biyogue, directeur général de l’AGASA, a salué une rencontre « historique » et défendu une approche fondée sur la prévention, la surveillance et le diagnostic précoce.







