« Le devoir de réussir »
Le Président a ouvert son propose par une formule qui se veut un cap pour les mois à venir : « Le 30 août nous a rendu la liberté de choisir ; il nous impose désormais le devoir de réussir. » Une manière de rappeler, trois ans après la chute du régime précédent, que le temps de la seule commémoration est passé et que vient celui des comptes à rendre. Il a salué les forces de défense et de sécurité, insistant sur « l’honneur, le courage, la discipline, la fraternité, l’esprit de sacrifice et la loyauté » qui ont, selon lui, guidé leur action ce jour-là, avant d’affirmer que « le 30 août 2023 a forgé notre patriotisme et a fait de nous un peuple libre » .
Santé : plus de 55 milliards FCFA annoncés
Sur le plan social, le Président a détaillé un paquet d’investissements dans le secteur hospitalier, très attendu par les populations : 44 milliards de FCFA pour renforcer le plateau technique des établissements de santé, 6 milliards de FCFA pour la réouverture des restaurants hospitaliers, et 5 milliards de FCFA supplémentaires pour les prestations de la CNAMGS. L’annonce budgétaire s’est toutefois accompagnée d’une exigence de résultats remise au personnel soignant : « Aussi, en retour, j’attends de vous une meilleure qualité de service. »
Fonction publique : la chasse aux dossiers irréguliers se poursuit
Le chef de l’État a confirmé la poursuite de l’assainissement du fichier de la fonction publique, chantier engagé depuis plusieurs mois et qui aurait mis au jour, selon les chiffres cités dans son discours, 62 % de dossiers en situation irrégulière. Face à ce constat, Oligui Nguema a fixé le cap : « Le mérite doit être notre boussole, et l’équité notre règle. » Il a averti que les réseaux d’influence et les protections corporatistes ne sauraient plus faire écran à l’assainissement de l’administration : « Le corporatisme ne doit pas prendre le pas sur la responsabilité » , at-il lancé, avant d’ajouter, en écho au principe d’égalité devant la loi, qu’ « aucun pan de la société ne peut s’y soustriser » .
Un avertissement sans détour aux mauvais payeurs de la BCEG
C’est le passage le plus offensif du discours, et celui qui devrait le plus faire parler dans les milieux d’affaires de la place. Revenant sur la création de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), présenté comme un outil pour « soutenir l’initiative des jeunes Gabonais en leur offrant des conditions préférentielles d’emprunt » , le Président a renforcé le ton à l’endroit d’une partie des bénéficiaires. « Certains bénéficiaires, qui ont pourtant reçu l’appui de l’État, refusant aujourd’hui d’honorer leurs engagements » , at-il d’énoncé, avant de rappeler les fondements de tout système de crédit public : « L’entrepreneuriat repose sur la confiance : celle de l’État envers ses citoyens, des institutions financières envers les entrepreneurs. » Pour lui, au-delà du seul remboursement, « l’entrepreneuriat n’est pas seulement un accomplissement personnel, mais l’engagement de bâtir des entreprises solides » — une formule qui augure d’un contrôle plus strict des prêts d’État accordés aux jeunes entrepreneurs, dont beaucoup traînent des impayés depuis plusieurs exercices.
Dialogue social : une main tendue, sous conditions
Le Président s’est également formulé directement aux travailleurs et aux organisations syndicales, sur fond de tensions sociales persistantes dans plusieurs secteurs de la fonction publique : « J’entends les inquiétudes des travailleurs et des partenaires sociaux. Le droit de grève et la liberté syndicale seront respectés dans le cadre fixé par la loi. » Une ouverture aussitôt encadrée par une exigence réciproque : « Le dialogue doit être sincère, permanent et utile. L’État doit écouter et négocier de bonne foi ; les partenaires sociaux doivent porter des propositions responsables et préserver la continuité des services essentiels. » Et de fixer une ligne rouge, à double tranchant : « Le dialogue ne peut devenir le prétexte à la paralysie du pays, pas plus que l’autorité ne peut servir de prétexte au refus d’entendre. » C’est sur cet équilibre revendiqué que repose l’engagement présidentiel : « J’assurerai à la fois le respect des libertés, la continuité de l’État et la poursuite des réformes indispensables. »
Un mot pour la jeunesse
S’adressant directement à la nouvelle génération, le Président a voulu ancrer son propos dans la durée : « C’est ici l’occasion de rappeler à notre jeunesse que la Libération impose une prise de conscience. » Une phrase qui résume assez bien la tonalité de l’ensemble de l’allocution, entre fierté du geste fondateur de 2023 et rappel des obligations qui en découlent, trois ans plus tard, pour l’administration comme pour les citoyens.
Des infrastructures livrées dans l’Ogooué-Ivindo
Le séjour présidentiel à Makokou a également été mis à profit pour inaugurer plusieurs réalisations dans la province : le commissariat de Bouée, la mairie d’Ovan, ainsi que la mairie, la salle polyvalente et le marché de Mékambo. Le chef de l’État a également procédé à la remise du lycée et de l’internat de redressement de Maïga, du lycée de la Lopé et du lycée Alexandre-Sambat, ainsi que d’une station de production d’eau potable d’une capacité de 100 m³/h, appelé à soulager l’approvisionnement de la localité.
Le Président a clos son allocution par la formule consacrée : « Vive la Cinquième République ! Vive le Gabon ! Honneur et fidélité à la Patrie ! »





