Devant la Nation, samedi 29 août à Makokou, à la veille de la Fête de la Libération, Brice Clotaire Oligui Nguema a consacré une partie de son discours à l’administration. L’audit lancé dans la Fonction publique révèle, selon lui, que « près de 62 % des dossiers examinés sont en situation irrégulière ». Abandons de poste et dysfonctionnements justifient, à ses yeux, la réforme du statut des agents, dont les avancements reposeront désormais sur des critères objectifs. « Le mérite doit être notre boussole, et l’équité notre règle », a déclaré le chef de l’État.
Depuis juillet, la ministre de la Fonction publique défend presque seule un texte qui a suscité de vives réticences dans les administrations. En le reprenant à son compte devant la Nation, le président élève la suppression de l’avancement automatique au rang d’orientation gouvernementale, et non plus de simple projet ministériel. Pour les syndicats, qui espéraient encore peser sur le texte, l’arbitrage remonte à la présidence.
Le chef de l’État n’a pas ignoré la fronde. Il a assuré que « le droit de grève et la liberté syndicale seront respectés », tout en prévenant que « le dialogue ne peut devenir le prétexte à la paralysie du pays ». Il a visé les résistances de corps, rappelant que « le corporatisme ne doit pas prendre le pas sur la responsabilité » et que « chacun doit désormais répondre de ses actes ». Le message s’adresse autant aux fonctionnaires qu’aux organisations qui préparent la rentrée sociale.
Le projet de nouveau Statut général de la Fonction publique, acté le 31 juillet avec le vice-président du gouvernement Hermann Immongault, veut en finir avec un système où le fonctionnaire progressait par la seule ancienneté. L’avancement dépendrait de l’évaluation des performances, de la ponctualité, de l’assiduité et du respect de la déontologie, la note étant établie par la hiérarchie, l’agent lui-même et les usagers. « L’avancement automatique n’existe nulle part, parce qu’il est inéquitable », plaide Laurence Ndong, qui s’appuie sur une comparaison menée dans une vingtaine de pays.
La contestation n’a pas attendu Makokou. Pierre Mintsa, à la tête de la Confédération syndicale des travailleurs gabonais vaillants, a parlé d’« une manœuvre clandestine du gouvernement » et demandé au président de ne pas entériner le texte, évoquant un possible mouvement social d’ampleur. Le reproche tient d’abord à la méthode : un projet élaboré en interne, sans les partenaires sociaux, et des critères d’évaluation jugés trop vagues, qui laisseraient place à l’arbitraire. Beaucoup redoutent aussi une manière de réduire la masse salariale au détriment des agents, l’avancement automatique restant, pour nombre d’entre eux, la principale garantie de leur pouvoir d’achat.
Le gouvernement n’en est pas à sa première tentative. En 2015, une ordonnance instaurant l’avancement au seul mérite avait été annulée par la Cour constitutionnelle, faute de ratification parlementaire. Onze ans plus tard, le dossier revient avec, cette fois, l’appui du président. Reste la réaction des premiers concernés : plusieurs organisations syndicales n’excluent pas de durcir le ton dès la reprise.






