Un ravageur ne présente pas de passeport. Qu’un virus s’attaque aux plantations d’un pays, et il gagne bientôt celles du voisin, porté par le commerce, la circulation des hommes et un climat déréglé. C’est ce constat, aussi simple qu’implacable, qui a réuni à Libreville les représentants de plus de quarante pays africains. Pendant quatre jours, sous l’égide de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), ils ont cherché ensemble la parade. L’atelier régional a refermé ses portes le 7 août sur un socle commun.
Le bilan tient en quelques chiffres et beaucoup de volonté. Six à sept normes prioritaires passées au crible, une trentaine de recommandations validées collectivement, toutes tournées vers la sécurisation des systèmes alimentaires du continent. Surtout, les délégations sont reparties avec une feuille de route partagée, que chaque pays déclinera selon ses moyens.
Le président des travaux, Jean Gérard Mezui M’Ella, a rappelé le sens de l’exercice. « L’atelier régional, ce sont des résolutions issues de différentes consultations internationales auxquelles l’Afrique prend part », a-t-il posé. Et de situer la place du continent dans ce jeu normatif mondial : « Pour nous, la région, c’est l’Afrique. Le bureau qui la représente à la CIPV, c’est l’Union africaine. » Traduction : l’Afrique entend peser en amont, quand s’écrivent les normes internationales, plutôt que de les subir une fois adoptées.
Le cœur de cette riposte, c’est le partage. Aucun État ne peut, seul, monter la garde contre des menaces mouvantes. D’où l’engagement, pris à Libreville, de bâtir un système d’information commun sur les virus en circulation, alimenté par l’ensemble des pays membres. Le directeur général de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA), Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, en a résumé la logique au Confidentiel : « Si un virus décime les cultures au Cameroun, ça va arriver chez nous ou en Guinée équatoriale. » Mettre les pays en réseau, dit-il, « peut nous permettre d’être dans une posture préventive et anticipative des risques ». Voir venir le danger, ensemble, avant qu’il n’atteigne les champs.
La solidarité vaut aussi pour le nerf de la guerre. Plusieurs programmes internationaux, cofinancés par la CIPV, restent à la portée des États qui savent les saisir. « Si le Gabon identifie un projet qui va dans le sens des thématiques financées par la CIPV, nous allons nous battre pour capter ces fonds et les mettre au service de notre pays », plaide le patron de l’AGASA, une invitation que chaque administration phytosanitaire africaine peut faire sienne.
Pays hôte, le Gabon a d’ores et déjà esquissé sa traduction nationale de ces engagements. « L’AGASA, c’est de la fourche à la fourchette, du champ à l’assiette », rappelle son directeur général, qui compte accompagner d’abord les maraîchers, gros utilisateurs de pesticides pour la salade et la tomate, puis le monde rural et ses cultures vivrières, taro, manioc et tubercules, guettées par les nuisibles. Une façon, pour l’organisateur, de joindre le geste à la parole.
L’ambition, enfin, dépasse la seule santé des plantes. Biyogue Bi Ntougou a formé un vœu qui vaut pour tout le continent : « Que tout ce qui s’est passé au niveau phytosanitaire se fasse également au niveau sanitaire, pour que la riposte soit complète. »
Le rideau est tombé sur l’atelier, mais la feuille de route, elle, engage désormais tous ceux qui l’ont validée. D’un bout à l’autre du continent, une même conviction s’est imposée : contre des fléaux qui franchissent les frontières sans les demander, l’Afrique a tout à gagner à les affronter d’un seul tenant.







