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CNSS – « Nous ne réclamons aucun privilège » : un retraité gabonais dénonce le calvaire de sa pension suspendue

Un retraité gabonais expatrié en République dominicaine, Roger Serge Alain Aubame, a adressé une lettre ouverte aux autorités compétentes de son pays pour dénoncer les retards et suspensions à répétition affectant le versement de sa pension. Dans cette lettre, dont notre rédaction a eu lecture, il livre un témoignage poignant sur les conséquences de ces dysfonctionnements administratifs, qui frapperaient, selon lui, de nombreux retraités gabonais vivant à l'étranger.

La rédaction par La rédaction
24 juin 2026
dans Actualités, Opinion
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D’emblée, l’auteur rappelle ce que représente une pension pour celui qui l’a gagnée. « Pour beaucoup, une pension n’est qu’un chiffre inscrit sur un relevé bancaire. Pour un retraité, elle représente bien davantage. Elle est la récompense d’une vie entière de labeur », écrit-il. Il poursuit : « Elle est la garantie de pouvoir se nourrir, se loger, se soigner et vivre ses vieux jours avec un minimum de dignité. »

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Mais quand ce versement vient à manquer, c’est tout un équilibre qui s’effondre. « Lorsque son versement est retardé ou suspendu, ce n’est pas seulement un revenu qui disparaît. C’est une inquiétude qui s’installe. C’est la peur du lendemain qui s’invite dans le foyer », confie-t-il, évoquant « l’angoisse de ne plus pouvoir honorer ses engagements ».

Une lettre rédigée « avec respect » mais « une profonde tristesse »

Dans l’introduction de son courrier, intitulé « Lettre ouverte aux autorités compétentes — Pour une retraite digne et un traitement plus humain des retraités expatriés », l’auteur précise le ton de sa démarche : « Je prends aujourd’hui la plume avec respect, mais aussi avec une profonde tristesse et une immense lassitude, afin de porter à la connaissance des autorités compétentes les difficultés administratives et sociales auxquelles je suis confronté en tant que retraité expatrié. »

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une attaque contre les agents publics : « Je suis conscient des contraintes auxquelles sont confrontées les administrations publiques.

Je sais également que les agents accomplissent souvent leur mission avec dévouement dans des conditions parfois difficiles. » Mais, ajoute-t-il, « lorsqu’une procédure destinée à protéger les retraités finit par les priver de leurs moyens de subsistance, il devient indispensable d’en mesurer les conséquences humaines. Car derrière chaque dossier se trouve une vie. Derrière chaque numéro de pension se trouve une famille. »

Des justificatifs « légitimes » devenus source d’« insécurité administrative »

Le retraité reconnaît le bien-fondé de certaines exigences, comme le certificat de vie ou le certificat de résidence, « parfaitement légitimes », qui « permettent de sécuriser les paiements et de préserver les droits des bénéficiaires ». Mais il dénonce leur application erratique : « Malheureusement, d’autres formalités semblent avoir ajouté davantage de complexité que d’efficacité. »

Il cite notamment « les demandes répétées de documents déjà transmis », ou encore « les interprétations variables d’un agent à l’autre ou d’un service à l’autre », qui « créent une véritable insécurité administrative ». Il s’interroge, amer : « Comment comprendre qu’un document accepté aujourd’hui soit rejeté quelques mois plus tard pour un motif de lisibilité alors qu’il s’agit exactement du même document ? Comment comprendre qu’un passeport dont la validité est de dix ans doive être systématiquement fourni année après année ? »

Plus grave encore à ses yeux : « Comment accepter qu’une pension puisse être suspendue alors même que toutes les pièces exigées ont été transmises dans les délais impartis ? » Ces situations, écrit-il, « génèrent une profonde incompréhension » et « nourrissent également un sentiment d’abandon chez des personnes dont la seule faute est d’avoir vieilli après avoir travaillé toute leur existence ».

Un trimestre de pension perdu, des dettes qui se creusent

L’auteur témoigne de sa propre situation : « Depuis plusieurs années, et plus particulièrement depuis quatre ans, je subis les conséquences de retards récurrents et d’interruptions dans le versement de ma pension. Ces dysfonctionnements ont profondément bouleversé mon existence ainsi que celle de ma famille. »

Il précise l’ampleur du préjudice : « Cette lourdeur administrative a conduit à la perte d’un trimestre entier de pension correspondant au quatrième trimestre 2025, lequel demeure à ce jour non régularisé. » Derrière « cette simple ligne comptable », il énumère des conséquences très concrètes : « Des factures qui s’accumulent ; des échéances qui ne peuvent être honorées ; des dettes qui se creusent ; des nuits d’inquiétude ; et cette douleur silencieuse que ressent tout père ou tout grand-père lorsqu’il se découvre incapable d’assurer pleinement sa sécurité et celle des siens. »

« Nous ne réclamons aucun privilège »

Loin de toute revendication excessive, l’auteur tient à clarifier ses attentes : « Nous ne réclamons aucun privilège. Nous ne demandons aucun traitement de faveur. Nous demandons simplement que les droits que nous avons acquis au prix de toute une vie de travail soient respectés. »

Il confie même que ses espérances se sont réduites au fil du temps : « Aujourd’hui, mes attentes sont devenues modestes. Je voudrais simplement pouvoir vivre sans craindre chaque échéance bancaire. Je voudrais simplement pouvoir me soigner correctement lorsque la maladie frappe. Je voudrais simplement pouvoir regarder l’avenir avec un peu de tranquillité. » Et il résume son souhait en une phrase : « Je voudrais simplement pouvoir vivre les années qui me restent avec la dignité à laquelle tout être humain devrait avoir droit. »

Des pistes de réforme proposées

Le retraité ne se contente pas de dénoncer : il avance également des propositions concrètes. « Dans un esprit constructif, je me permets de suggérer quelques pistes d’amélioration », écrit-il, citant « la dématérialisation complète des procédures, l’harmonisation des pièces justificatives exigées, la mise en place d’un système d’alerte pour les documents manquants (SMS, courriel, etc.), ainsi que l’instauration de délais [de traitement encadrés] ».

Il rappelle, par ailleurs, la réalité humaine derrière chaque dossier : « Derrière chaque pension suspendue se trouve une personne âgée qui attend, parfois dans l’angoisse, les ressources dont dépend sa survie quotidienne. L’administration voit parfois des documents ; le retraité, lui, vit les conséquences des décisions qui en découlent. »

Un appel à la « bienveillance » des autorités

En conclusion de sa lettre, l’auteur lance un appel solennel : « J’en appelle donc à la bienveillance, à l’écoute et à l’action des autorités compétentes afin que cette situation trouve une issue favorable, non seulement pour moi-même, mais aussi pour l’ensemble des retraités expatriés qui vivent dans le silence les mêmes difficultés. »

Il termine sur une note empreinte de gravité : « Car la grandeur d’une nation ne se mesure pas seulement à ses [performances économiques]. L’histoire d’une nation se mesure aussi à la manière dont elle traite ceux qui l’ont servie. »

La lettre est signée de Roger Serge Alain Aubame « Un retraité expatrié en quête de justice, de dignité et de sérénité », et adressée depuis le Residencial Coopnama II, avenue Estrella Sádhala, à Santiago, en République dominicaine.

L'URL courte de cet article est : https://www.leconfidentiel.ga/oly0
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