Le chiffre brut donne le vertige : moins 34,5 % sur le trimestre, moins 22 % sur un an. Trois mois plus tôt, la même direction saluait une fin d’année 2025 en hausse de 28,7 %. Le sursaut aura été de courte durée. Et derrière la moyenne se cache une dépendance que le Gabon feint régulièrement d’ignorer.
Car tout, ou presque, se joue en Asie. Le continent absorbe 71 % des exportations gabonaises. Près de trois francs sur quatre gagnés à l’étranger transitent par ce seul débouché, si bien que la balance commerciale du pays épouse mécaniquement l’humeur des acheteurs de Pékin et de New Delhi. Ce trimestre, cette humeur était maussade : les ventes vers l’Asie ont fondu de 23,6 %, entraînant tout l’édifice dans leur chute.
Le reste du monde ne pèse pas assez lourd pour compenser. On serait tenté de s’alarmer devant l’Afrique, en repli de 47,5 % sur le trimestre, ou l’Europe qui abandonne 57,3 %. Ce serait mal lire le tableau. Ces zones ne représentent chacune qu’une poignée de pour cent des échanges, et leurs pourcentages spectaculaires ne traduisent qu’un effet d’optique statistique : sur de faibles volumes, une commande en plus ou en moins suffit à faire tanguer les chiffres dans des proportions démesurées. Le vrai poids, lui, reste à l’Est.
L’examen des clients confirme le diagnostic. Les principaux partenaires du Gabon ont resserré les cordons de la bourse, réduisant leurs commandes de 11,8 %. La Chine a acheté 13,2 % de moins, l’Inde 31,3 %, le Brésil plus de la moitié. Mais c’est Paris qui décroche le plus brutalement, avec des achats en chute de 85,5 %. Un chiffre qui interpelle sur la solidité d’un lien commercial longtemps présenté comme privilégié, et qu’aucune explication officielle n’accompagne à ce stade.
Le brut, l’or et l’huile en première ligne
Ce que le Gabon peine à écouler, ce sont ses matières premières, exportées telles quelles, sans la moindre transformation locale qui en amortirait les à-coups. Le pétrole brut recule de 37,5 %, l’or brut de 75 %, l’huile de palme de 92,3 %. S’y ajoutent les poissons et produits de la pêche. Toute l’ossature de l’offre nationale se dérobe en même temps.
La DGEPF avance une explication extérieure : les tensions liées à la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz. Cet étroit couloir maritime à l’entrée du Golfe est l’une des artères mondiales du transport d’hydrocarbures. Qu’il se ferme, et ce sont les cargaisons vers l’Asie, débouché numéro un du Gabon, qui restent à quai. L’argument tient. Il a toutefois le mérite commode de désigner un coupable lointain, là où le mal est d’abord domestique.
Or ce manque à gagner tombe au plus mauvais moment. Le Gabon traîne une dette publique que ses propres autorités évaluent à quelque 8 700 milliards de FCFA à fin mars, soit près des trois quarts de sa richesse nationale. Chaque franc d’exportation en moins, c’est autant de devises et de recettes fiscales en moins pour un État qui négocie sa crédibilité auprès du Fonds monétaire international et emprunte désormais à tour de bras sur le marché régional. Le décrochage commercial n’est donc pas qu’une mauvaise ligne statistique : il rogne la seule ressource qui permettrait d’alléger le fardeau.
Car ce trimestre noir n’invente rien. Il révèle une fragilité connue et jamais corrigée : une économie arrimée à quelques cargaisons brutes et suspendue à un unique bloc de clients. Tant que le pays vendra son pétrole sans le raffiner et son or sans le travailler, chaque soubresaut de la demande asiatique continuera de faire trembler ses recettes, et avec elles l’équilibre de finances publiques déjà sous surveillance. La note de ce premier trimestre n’est pas un accident. C’est un rappel.







