Tout est parti d’une maison. Le 22 juillet 2026, à Sotega, la découverte d’une unité clandestine de reconditionnement d’huile, aménagée dans un local insalubre, a conduit les agents de la Direction générale des services spéciaux, de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire jusqu’à un second site, à Oloumi.
Dans cet entrepôt, les enquêteurs découvrent des boîtes de conserve et des montagnes de cartons de cigarettes. Parmi les personnes interpellées figurent des ressortissants chinois et une main-d’œuvre ouest-africaine. Au nombre des marques usurpées figure Cuisin’Or : son fabricant, Olam Palm Gabon, a porté plainte pour dénoncer la contrefaçon de son huile.
Le parquet n’a pas encore ouvert d’information judiciaire. Mais, dans les prochains jours, il lui faudra répondre aux questions que se pose l’opinion.
Comment des tonnes de marchandises, transportées notamment par conteneurs de vingt pieds, ont-elles pu sortir du port pendant trois ans sans que personne donne l’alerte ? Une telle logistique pouvait-elle fonctionner sans défaillances, négligences ou éventuelles complicités au sein de l’administration ?
L’interrogation intervient dans un contexte où les autorités gabonaises ont récemment été confrontées à un autre réseau clandestin impliquant plusieurs ressortissants étrangers. Du 15 au 19 juin, l’opération « Ekoura », menée à Etéké, dans la province de la Ngounié, avait permis de démanteler un site d’orpaillage clandestin et d’interpeller 55 personnes, parmi lesquelles 28 ressortissants chinois. Des véhicules, des engins lourds, du matériel d’exploitation et de l’or brut avaient notamment été saisis.
Les deux affaires sont distinctes. Elles renvoient néanmoins à une même question : comment des activités clandestines nécessitant des moyens logistiques importants peuvent-elles s’installer et perdurer sur le territoire gabonais avant d’être découvertes par les services de l’État ?
Il n’aura échappé à personne que, quelques jours après l’interpellation de plusieurs ressortissants chinois dans l’affaire de contrefaçon, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu, le 27 juillet, l’ambassadeur de Chine au Gabon, Zhou Ping, accompagné d’une forte délégation, dont son attaché de défense.
Officiellement, il était question de la prochaine visite d’État du chef de l’État en Chine. Mais le timing de cette rencontre interroge, même si aucun élément ne permet, à ce stade, d’établir un lien entre cette audience présidentielle et l’affaire de contrefaçon.
Pour l’heure, les deux sites sont sous scellés et l’enquête se poursuit. Reste à savoir jusqu’où elle ira. Car derrière les producteurs et les revendeurs se trouve une chaîne beaucoup plus longue : importateurs, transporteurs, intermédiaires, grossistes et distributeurs, mais aussi les agents publics chargés de contrôler les marchandises et les flux.
C’est cette chaîne que l’enquête devra désormais reconstituer. Et, surtout, déterminer à quel moment elle a cessé de fonctionner.







