Le 1er août, au CES Nelson Mandela de Libreville, Camélia Ntoutoume-Leclercq a proclamé un baccalauréat général à 85,59 % de réussite. Sept mois plus tôt, l’école gabonaise était à l’arrêt et la perspective d’une année blanche s’invitait dans les conversations. Le premier tour, tous baccalauréats confondus, avait déjà surpris, avec 44,08 % d’admis directs contre 33,14 % un an auparavant.
Reconduite au remaniement du 1er janvier, elle n’a guère eu le loisir de s’installer. Relancé après les fêtes, le mouvement des enseignants reprend le 5 janvier. Il ne doit rien au hasard. Dix années de carrières gelées, de recrutements suspendus, de bénévoles qui enseignent sans être payés. Depuis la chute d’Ali Bongo, en août 2023, c’est le premier grand affrontement social du pouvoir d’Oligui Nguema. Et c’est elle qui l’affronte en première ligne.
Le terrain, elle le connaît. Fille de Lubin Martial Ntoutoume Obame, ancien maire de Libreville, formée à l’ENA, elle a déjà dirigé ce ministère sous Ali Bongo, dont elle aura été la dernière titulaire à l’Éducation avant le putsch, puis compté parmi les rares reconduits en 2023. Entrée au gouvernement en 2020, elle en fut longtemps la benjamine, avant l’arrivée d’une nouvelle génération, les Mays Mouissi et Mark Doumba.
L’expérience, pourtant, ne suffit pas à tenir la barre. En face, non pas un interlocuteur mais une dizaine. Syndicats, collectifs et coordinations se disputent la parole. Des délégations négocient en parallèle, certaines reçues jusqu’au Palais, sans qu’elle en soit toujours avertie. Le protocole de suspension signé le 19 janvier ne ramène personne en classe. Entre-temps, deux figures syndicales, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, ont été incarcérées à la prison centrale de Libreville pour trouble à l’ordre public. Les grévistes posent leur libération comme préalable à toute reprise. Elle intervient le 26 janvier. C’est de ce jour, et non du protocole, que date le vrai dénouement.
L’accord de sortie de crise engage l’État plus loin qu’aucun avant lui. Près de 6 958 situations débloquées, 16 milliards de francs CFA pour intégrer des enseignants, verser des présalaires, relancer des carrières à l’arrêt depuis dix ans. Restait à repêcher l’année. Réécrit avec l’Unesco, le calendrier pousse les cours jusqu’au 31 juillet pour les classes d’examen et transforme le dernier trimestre en course contre la montre. Les élèves ont suivi. Plus de 98 % de présence aux épreuves, des taux en hausse du technique au général.
L’année aura aussi eu son épisode judiciaire. Ouverte en juin, une enquête sur des primes de vacation présumées irrégulières, au sein des services financiers du ministère, suit son cours. La ministre, ni poursuivie ni entendue, s’en est tenue au silence.
Au bout du compte, celle que beaucoup voyaient trébucher aura désamorcé la crise, sauvé l’année et relevé les résultats. Le 1er août, devant les familles réunies au Nelson Mandela, elle n’a pas eu à plaider. Les chiffres s’en sont chargés.







