La lettre est arrivée de Paris au début du mois de juillet. Depuis son appartement de l’avenue Foch, où il joue désormais les opposants en chef, Ali Bongo Ondimba adresse à son plus vieux compagnon des vœux d’anniversaire qui n’ont rien d’intime.
L’ancien président y salue la fidélité de son ex-ministre et déplore, d’une formule qui vise tous les autres, que la fidélité soit devenue une denrée rare. Le destinataire, Ali Akbar Onanga Y’Obeghe, encaisse l’hommage comme on reçoit une décoration sur un champ de bataille déserté. Autour de lui, il ne reste presque personne.
Il fut pourtant un temps où l’universitaire du Haut-Ogooué résumait le pouvoir d’une sentence qui claque, lâchée à Franceville sous l’ère Bongo : « on ne fait pas du neuf avec du vieux ». L’histoire l’a retourné contre lui. Docteur en droit, enseignant à l’Université Omar Bongo, ancien secrétaire général du gouvernement, ancien député de Lékoni-Lékori, l’homme a tout du produit fini de la technostructure Bongo. Aujourd’hui, celui qui congédiait le vieux monde en est devenu le dernier gardien.
Sa loyauté, il faut le dire, n’a pas toujours été payée de retour. En août 2019, le même appareil l’avait recraché sans égards, l’excluant pour « atteinte à l’unité du parti » au terme d’un duel avec Brice Laccruche Alihanga, alors maître du palais. Réhabilité en 2020, longtemps peint par ses adversaires en prédateur financier, accusation à laquelle il a répliqué par une autobiographie au titre de plaidoyer, « Ma part de vérité », il connaît le prix des disgrâces. Ce qui rend son choix d’aujourd’hui d’autant plus singulier.
Car après la chute du 30 août 2023, quand la maison PDG se fissure et que chacun se cherche un nouvel abri, Onanga Y’Obeghe opte pour le camp le plus inconfortable, celui du vaincu. La ligne de fracture est nette. D’un côté, le directoire installé le 7 mars 2024 autour de Blaise Louembé et Angélique Ngoma. De l’autre, le tandem qu’il forme avec un président en exil, décidé à ne rien céder et à parler d’usurpation.
Le sacre vient le 14 mai 2025 : Ali Bongo, tout juste libéré de son assignation à résidence, le nomme secrétaire général. Un jugement du tribunal de Libreville, en juillet, écarte une tentative d’éviction, et le juriste referme le dossier d’une phrase martiale : « Le droit a triomphé de l’usurpation ». On croit entendre le professeur ; c’est l’homme lige qui plante son drapeau.
Vient alors le geste qui dit tout du personnage. Aux locales et législatives du 27 septembre 2025, on le presse de reconquérir son fief de Lékoni-Lékori. Il se retire. Une absence qu’il érige en « sacrifice nécessaire » pour l’unité du parti. La pureté d’une ligne perdante plutôt que le confort d’un siège arraché sous une bannière qu’il juge illégitime : voilà sa grammaire.
L’année 2026 durcit encore le trait. Depuis Paris, Ali Bongo met en demeure Louembé et Ngoma de libérer une direction qu’il estime occupée illégalement. Onanga, lui, élargit le front : dans ses tribunes, il s’aventure sur le terrain du pouvoir en place







