Ce n’est pas seulement un accord industriel. C’est un compromis stratégique entre un État qui veut davantage de valeur ajoutée sur son territoire et un groupe minier qui doit préserver l’équilibre économique de ses investissements.
Signé ce 20 juillet 2026 à Paris, sous l’égide du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et de son homologue français Emmanuel Macron, le protocole conclu entre le gouvernement gabonais, Eramet et sa filiale Eramet Comilog marque une nouvelle étape dans la relation entre Libreville et le groupe minier français.
L’accord intervient après une période de discussions où se sont mêlés objectifs politiques et contraintes industrielles. Pour le Gabon, l’enjeu est de transformer davantage une ressource stratégique produite sur son sol. Pour Eramet, il s’agit d’accompagner cette évolution tout en garantissant la viabilité économique des futurs investissements.
Cette séquence intervient alors que Libreville prévoit l’interdiction de l’exportation du manganèse brut à compter du 1er janvier 2029, une échéance qui pousse les opérateurs à accélérer la transformation locale.
La feuille de route commune vise ainsi à « augmenter la part de minerai de manganèse transformé par Eramet Comilog au Gabon », avec un objectif pouvant atteindre « jusqu’à 700 kt de minerai de manganèse transformé par an d’ici fin 2031 ».
Le pari de la transformation locale
Le protocole prévoit l’étude de plusieurs projets industriels destinés à faire évoluer la filière. Parmi eux figure une usine d’oxyde de manganèse dans la région de Libreville, destinée notamment aux marchés des batteries et des aciers haute performance. Sa mise en service est envisagée « d’ici fin 2028 ».
L’accord prévoit également la modernisation du Complexe métallurgique de Moanda (CMM), qui transforme déjà une partie du minerai gabonais, avec l’objectif d’améliorer sa rentabilité et ses capacités de production.
Un troisième projet concerne une usine d’alliages sur le littoral, dont la réalisation dépendra notamment « de la sécurisation des conditions énergétiques et logistiques ».
Au total, ces projets doivent permettre au Gabon de franchir une nouvelle étape : produire davantage sur place et capter une part plus importante de la valeur générée par son manganèse.
L’énergie, la condition du succès
Mais derrière l’ambition industrielle se cache une contrainte majeure : l’électricité. Le protocole reconnaît que « l’accès à l’énergie compétitive » constitue « un prérequis à tout développement industriel de la chaîne de valeur du manganèse ».
Pour la future usine d’alliages, l’État gabonais devra ainsi « assurer le développement des solutions énergétiques nécessaires », avec l’appui de partenaires extérieurs.
Cette question énergétique est au cœur du compromis trouvé entre Libreville et Eramet. Le groupe minier accepte d’aller plus loin dans la transformation locale, mais attend que les conditions industrielles permettent de garantir la compétitivité des projets.
Un nouveau pacte autour du manganèse
L’accord prévoit également le développement d’une filière de biocharbon destinée à réduire l’usage du coke métallurgique, ainsi que la création du fonds « Fabriqué au Gabon », porté par Eramet, Comilog et Setrag, avec l’ambition de contribuer à « la création à terme de 3 000 emplois dans le secteur industriel ».
Pour Libreville, le message est clair : le manganèse ne doit plus être uniquement une richesse extraite et exportée, mais un moteur d’industrialisation nationale. Pour Eramet, l’enjeu est de conserver un ancrage stratégique au Gabon tout en adaptant son modèle aux nouvelles exigences du pays.
Le véritable défi commence désormais : transformer ce compromis politique et économique en réalisations industrielles concrètes. Car derrière les volumes annoncés et les promesses d’investissement, une question demeure : le Gabon pourra-t-il réunir les conditions nécessaires pour faire du manganèse une véritable industrie nationale ?







