Pendant près de trente-deux mois, l’instruction ouverte par le Ministère public genevois était restée à l’abri des regards. Il n’aura fallu, en revanche, que quelques heures après sa révélation pour voir s’organiser la riposte de Sylvia Bongo Valentin.
Dans un communiqué publié le 2 juillet, ses conseils du cabinet Schellenberg Wittmer — Mes Benjamin Borsodi, Endri Gega et Paloma Croset — indiquent que leur cliente « a pris acte » de la décision rendue par la Cour de justice de Genève.
Le choix des mots est soigneusement pesé. Les avocats insistent sur le fait que l’arrêt ne porterait « que sur des questions de procédure », qu’il aurait été rendu sur la base de « certains éléments » du dossier et qu’il « ne préjuge en rien de l’issue de la procédure au fond ». Ils réaffirment, dans le même temps, que Sylvia Bongo conteste « avec la plus grande fermeté » les accusations portées contre elle ainsi que la régularité du procès tenu par contumace au Gabon, dont ils estiment que la légalité a été mise en cause par plusieurs observateurs internationaux.
En revanche, le communiqué ne dit presque rien de l’essentiel : le contenu exact de la décision genevoise, ses motivations juridiques ou encore ses éventuelles conséquences sur les avoirs faisant l’objet de mesures conservatoires. Un silence qui laisse ouvertes de nombreuses interrogations.
Là où les avocats s’en tiennent au terrain procédural, Sylvia Bongo adopte une approche beaucoup plus politique. Dans une longue déclaration diffusée depuis Londres, l’ancienne Première dame rejette catégoriquement toute accusation d’enrichissement sur fonds publics.
« Mes économies ne proviennent d’aucun fonds public gabonais », affirme-t-elle, soutenant qu’aucun virement émanant du Trésor public ni aucune opération bancaire ne permettraient d’établir un lien entre son patrimoine et les finances de l’État gabonais. Elle fait également valoir que les établissements bancaires concernés auraient procédé à l’ensemble des contrôles imposés par les règles de conformité, identifié l’origine des fonds et validé les transactions réalisées.
Selon elle, des opérations considérées comme régulières au moment de leur exécution ne sauraient être requalifiées plusieurs années plus tard sur la base de simples soupçons.
Mais le cœur de son argumentation dépasse la seule question financière. Sylvia Bongo soutient que la procédure suisse n’aurait pas été déclenchée par la découverte d’éléments matériels indépendants, mais par un signalement automatique du MROS, l’autorité suisse chargée de la lutte contre le blanchiment d’argent, consécutif aux accusations formulées contre elle au Gabon après le changement de régime du 30 août 2023.
Elle rappelle que l’enquête genevoise a été ouverte en novembre 2023, alors qu’elle se trouvait détenue à Libreville. Elle réitère également les accusations déjà formulées à l’encontre des autorités gabonaises, affirmant avoir subi des actes de torture destinés, selon ses propos, non pas à obtenir des aveux, mais à lui faire signer des ordres de virement. Elle indique que ces faits font aujourd’hui l’objet d’une procédure judiciaire en France.
« Dans un État de droit, une accusation ne vaut jamais preuve. Seules les preuves fondent la justice », conclut-elle, assurant rester disposée à répondre à toute demande de vérification complémentaire.
Cette contre-offensive intervient dans un contexte judiciaire particulièrement lourd. En novembre 2025, Sylvia Bongo avait été condamnée à Libreville, par contumace, à vingt ans de réclusion criminelle ainsi qu’au remboursement solidaire, avec son fils Noureddin Bongo Valentin, de près de 4 400 milliards de francs CFA au titre des préjudices retenus par la justice gabonaise. Un jugement qu’elle continue de contester intégralement.
À Genève, toutefois, la bataille judiciaire obéit à une autre logique. L’instruction suisse suit son cours selon les règles de la procédure helvétique, avec pour objectif de déterminer l’origine des fonds concernés et d’établir, le cas échéant, l’existence ou non d’infractions financières. Entre les déclarations de la défense et les investigations des magistrats genevois, une seule certitude s’impose à ce stade : seul le fond du dossier permettra, à terme, de départager les thèses en présence.







