L’homme est mesuré, mais ses mots portent. Dans un entretien accordé au média, l’ancien Premier ministre du Gabon, a abordé deux questions au cœur de l’actualité politique nationale : le bilan de la période de Transition et la place de l’opposition dans le Gabon d’aujourd’hui. Sur le premier point, il choisit la réserve. Sur le second, il est sans ambiguïté.
« Je ne suis pas le mieux placé »
La Transition officiellement close depuis le 3 mai 2025, avec l’investiture d’un président élu au mois d’avril, Raymond Ndong Sima reconnaît d’emblée la difficulté de son positionnement. Toute prise de parole, qu’elle soit élogieuse ou critique, risque d’être mal interprétée. « Si j’applaudis des deux mains, beaucoup diront que je me contente d’être un laudateur zélé. Si je formule une critique, d’autres m’objecteront que c’est l’avis d’un homme amer qui a perdu une position », explique-t-il. Une lucidité désarmante qui le conduit à une conclusion sobre : « Pour l’instant, je ne suis pas le mieux placé pour répondre à cette question. »
Ce silence calculé n’est pas une fuite. C’est celui d’un homme qui connaît le poids des mots en politique et qui refuse de les laisser instrumentaliser.
L’opposition, une affaire de projets, pas de personnes
C’est sur la question de l’opposition que Ndong Sima se montre le plus loquace, et le plus pédagogue. Il avait anticipé la situation dès l’année dernière, estimant que le président nouvellement élu « partait pratiquement sans opposition » et que c’est son action gouvernementale qui façonnerait progressivement une force d’opposition. Une lecture qui se vérifie, selon lui, dans toute démocratie qui fonctionne.
Car pour l’ancien Premier ministre, l’opposition ne saurait se réduire à un règlement de comptes ou à une rivalité entre personnes. « En politique, on ne s’oppose pas aux hommes et aux femmes pour ce qu’ils sont. On s’oppose aux solutions qu’ils proposent pour résoudre les problèmes du moment », tranche-t-il. Une distinction fondamentale, qui replace le débat politique là où il devrait toujours se tenir : sur le terrain des idées et des choix de gouvernance.
Fort de ce raisonnement, il tire une conclusion claire : « Il est rare que l’unanimité prévale sur toutes les questions. Il y a donc bien un espace tout à fait légitime pour une opposition structurée dans notre pays. »
Un appel à la normalisation démocratique
Sans hausser le ton, Raymond Ndong Sima envoie un signal fort au champ politique. Dans un pays qui sort d’une transition marquée par une forte concentration du pouvoir, ses propos résonnent comme un rappel aux fondamentaux : la démocratie ne se nourrit pas de consensus permanents, elle se construit dans la confrontation des idées et l’alternance des projets.







