Il est à peine huit heures du matin et la foule déborde déjà. Sous les barnums blancs dressés sur le parvis du Stade de Nzeng-Ayong, des centaines de ménages se pressent, chariots métalliques en main, paniers en plastique coincés sous le bras, enfants accrochés aux jupes. L’air chaud et humide de Libreville sent le plastique neuf des emballages. Au fond du site, une muraille jaune et or : des centaines de sacs de riz empilés du sol jusqu’aux bâches, frappés aux couleurs Royal Food, comme un rempart symbolique érigé contre la vie chère. Ce samedi 30 mai 2026, la Centrale d’Achat du Gabon a investi le sixième arrondissement — et le sixième arrondissement s’est déplacé en masse.
La scène est saisissante. Des files sinueuses se forment spontanément devant chaque stand, sans désordre mais sans répit. Des mères de famille poussent des chariots déjà pleins et cherchent encore ce qu’elles pourraient y ajouter. Des hommes en bermuda comparent les prix à voix haute, téléphone en main. Des enfants courent entre les allées pendant que leurs parents négocient leurs achats. On entend le grincement métallique des chariots sur le bitume, les appels des animateurs au micro, les éclats de rire. Par moments, une odeur de conserves et de produits ménagers flotte dans l’air chaud — les stands d’huile, de pâtes, de produits laitiers et de surgelés sont pris d’assaut dès l’ouverture.
Un déploiement rapide, une ambition nationale
En moins d’un an d’existence opérationnelle, l’institution a franchi plusieurs étapes structurantes. Après l’inauguration de son siège à Libreville et le lancement du premier Méga Marché au Stade d’Angondjé, la CEAG a étendu sa présence à Minvoul dans la province du Woleu-Ntem, puis à Port-Gentil. Nzeng-Ayong constitue la quatrième étape de cette expansion — et la plus dense en termes d’affluence observée.
La géographie de ce déploiement est délibérée. Le gouvernement entend construire un réseau national de distribution capable de contourner les circuits privés traditionnels, souvent accusés d’entretenir des marges excessives au détriment du consommateur. Riz, huile, pâtes alimentaires, produits laitiers, conserves, surgelés, produits d’entretien et d’hygiène : l’offre cible précisément les postes les plus lourds du budget des ménages.
« Ce que nous observons aujourd’hui à Nzeng-Ayong est la preuve que les réformes engagées par le Président de la République produisent déjà des résultats tangibles. Les populations sont présentes parce qu’elles trouvent ici des produits de qualité à des prix compétitifs. », Thierry Minko, Ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations.
Le ministre dans la foule
Vers dix heures, une légère agitation parcourt les allées. Thierry Minko, ministre de l’Économie, vient d’entrer sur le site — sans cordon de sécurité ostentatoire, presque à pied d’œuvre. Il échange, il écoute, il rit. Autour de lui, un cercle s’est formé naturellement — des gens curieux, d’autres qui profitent de l’occasion pour interpeller directement le membre du gouvernement. Pas de discours préparé, pas de tribune. Une conversation de trottoir, dans le brouhaha général d’un marché populaire.
Cette proximité est manifestement mise en scène — les photographes sont là, le protocole n’est jamais bien loin. Mais elle traduit aussi une volonté réelle d’incarner une politique dans le quotidien des gens, et non de la laisser exister uniquement dans les communiqués officiels.
Le pari du partenariat public-privé
Pour alimenter ses étals, la CEAG mobilise un écosystème de partenaires privés. Royal Food/Royal Gel, Super Gel, STES, Fréquence Distribution – ALIX, Mila Distribution – VEGA, Nestlé, AEA et Lux Lobota étaient tous présents. Les barnums jaunes Royal Food dominaient visuellement le site, leurs pyramides de sacs de riz constituant à elles seules l’un des décors les plus photographiés de la journée.
Royal Food · Royal Gel · Super Gel · STES · Fréquence Distribution – ALIX · Mila Distribution – VEGA · Nestlé · AEA · Lux Lobota*
Ce modèle hybride soulève néanmoins des interrogations. La CEAG n’est pas un distributeur subventionné au sens classique — elle ne déclare pas absorber de pertes — mais son rôle d’intermédiaire institutionnel lui permet de négocier des conditions inaccessibles aux commerçants de détail isolés. La question de l’équité concurrentielle reste posée.
Au-delà de l’événementiel : quel modèle sur la durée ?
« La Centrale d’Achat du Gabon n’a pas vocation à organiser uniquement des événements ponctuels. Elle a été créée pour agir durablement sur les mécanismes de formation des prix, sécuriser l’approvisionnement du marché national et offrir aux consommateurs des garanties supplémentaires en matière de qualité et de transparence. », Thierry Minko, Ministre de l’Économie
En fin de matinée, alors que la foule n’a pas désempli, une femme sortant du site avec deux sacs lourds résume la situation à sa façon : « Je suis venue à six heures. J’ai attendu. Mais j’ai trouvé. » Cette phrase, simple et définitive, dit à elle seule ce que ni les chiffres ni les discours ne disent aussi bien : il y a une demande réelle, profonde, et elle n’est pas satisfaite dans le circuit ordinaire.
Reste à transformer l’essai. La CEAG a réussi à créer l’événement et à démontrer son utilité immédiate. La prochaine étape — sans doute la plus exigeante — sera de démontrer sa soutenabilité financière, sa réplicabilité à l’échelle du territoire et son impact mesurable sur l’indice des prix à la consommation. Ce sont ces indicateurs, plus que l’affluence dans les stades, que scruteront les partenaires économiques et financiers du Gabon.
Sources : reportage terrain + Communiqué de presse CEAG, 30 mai 2026.







