Souvenez-vous de la campagne présidentielle. Le 8 avril 2025, à quatre jours du examen, Oligui Nguema était l’invité de « Un candidat, un projet », l’émission que le service public réservait à chacun des huit candidats. Sur ce plateau, l’ancien général avait pris le risque de se mettre à dos les magistrats et, avec eux, l’un des syndicats les plus puissants du pays, le Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) : il les avait qualifiés de « paresseux », avait pointé la corruption d’une partie du corps et assumait son refus de parapher les décrets d’application d’une réforme judiciaire jugée trop onéreuse, quelque 25 milliards de FCFA par an. Un peu plus d’un an après sa victoire du 12 avril 2025, le locataire du Palais Rénovation semble être passé aux actes. Si, du moins, les décisions du conseil de discipline de la magistrature sont confirmées.
Jamais un conseil de discipline de la magistrature n’avait été à ce point médiatisé. Auparavant, ses décisions comptaient parmi les secrets les mieux gardés de la République : quelques noms, tout au plus, étaient soufflés à voix basse. C’était sous le sceau de la confiance que l’on apprenait sa sanction. Et surtout, la foudre disciplinaire épargnait d’ordinaire les hauts gradés, qui, au pire, pouvaient redouter une affectation disciplinaire, un déplacement d’office maquillé en mutation. Cette année, la règle a volé en éclats : le grand déballage a commencé. Dix magistrats du siège et du parquet ont figuré au rôle de la séance du 25 août, à Libreville. En tête des noms qui circulent, celui d’Eddy Narcisse Minang, ancien procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville ; celui d’un autre homme du parquet, le procureur de la République Bruno Obiang Mve ; et celui de Leïla Létitia Ayombo Moussa, la magistrate rattrapée par une vidéo la montrant dans un échange jugé trop familier avec Noureddin Bongo Valentin.
Sur les dix magistrats examinés, trois seulement seraient proposés à la révocation, la peine la plus lourde, synonyme de radiation des cadres : Eddy Narcisse Minang, Leïla Létitia Ayombo Moussa et le magistrat Urbain Massala. Bruno Obiang Mve, lui, écoperait d’une suspension de douze mois assortie d’une retenue sur salaire. Quant aux six autres mis en cause, leur situation aurait été examinée sans que la sanction maximale soit retenue, l’éventail disciplinaire allant de l’avertissement à la mise à la retraite d’office. Les chagrins, nourris par un rapport de l’Inspection générale des services judiciaires et par des plaintes de justiciables, vont des détentions jugées irrégulières aux décisions insuffisamment motivées, en passant par le dépassement des délais légaux, le tout sur fond de conditions de détention décriées à la prison centrale.
Le grand déballage, lui, a bien eu lieu. Le grand ménage, c’est une autre affaire : elle se jouera dans les prochaines semaines, entre les couloirs du Conseil d’État et la formation plénière du CSM.






