Deux communiqués en quelques jours. On aurait pu ranger l’affaire au rayon des faits divers : un câble de plus arraché dans la nuit, quelques mètres de cuivre revendus au marché, un procès-verbal vite classé. Sauf que cette fois, l’État est monté au créneau en moins de quarante-huit heures. Un reportage du journal de 20 heures avait donné le ton, en montrant le métal soustrait jusque dans l’enceinte de la Cité de la Démocratie. L’image a fait le tour des téléphones. Elle ne raconte pourtant qu’une petite partie de l’histoire.
Car le cuivre volé laisse toujours une cicatrice. Un câble en moins sur un poteau, et c’est un quartier qui bascule dans le noir. Quelques mètres arrachés sur une ligne, et voilà la communication qui se coupe, le boutique qui ne peut plus encaisser un paiement mobile, l’agent de l’administration qui fixe un écran figé. Les coupures d’Internet, surtout, sont installées dans le quotidien de certaines zones. Elles grippent aussi bien les entreprises que les guichets publics, dans un pays où presque tout passe désormais par le réseau.
C’est cette accumulation qui a fini par faire réagir. Le 25 août, sur le plateau du journal de Gabon 1ère, le porte-parole du gouvernement, le Pr Edgar Charles Mombo, a lu un communiqué annonçant l’ouverture d’une enquête. Le ton, inhabituellement direct pour un texte officiel, ne laisse guère de place au doute : le phénomène fragilise l’activité économique en perturbant le réseau Internet, et met à mal la continuité des télécommunications. Quant aux auteurs, l’exécutif ne s’embarrasse pas de circonlocutions. Ce sont des « individus vrais », et le cuivre qu’ils dérobent fini sur le marché noir.
Le lendemain, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a reçu à Libreville les opérateurs du recyclage des métaux ferreux et non ferreux. Devant eux, il a dressé la liste des dégâts : une économie qui souffre, des populations excédées, une administration ralentie, et ces coupures d’Internet qui reviennent sans prévention. Puis l’avertissement est tombé, sans détour. Toute entreprise qui achète ou revend un câble volé s’expose désormais à la justice.
Voilà le vrai tournant. En visant les récepteurs autant que les voleurs, l’État s’attaque enfin au nerf du trafic. Un câble arraché ne vaut rien tant qu’il ne trouve pas preneur. Encore faut-il un atelier pour le fondre, un intermédiaire pour le racheter, un conteneur pour l’expédier. De là vient la seconde décision, commune aux deux communiqués : resserrer les contrôles de la douane sur les marchandises qui quittent le territoire. Un aveu, au passage. Le cuivre gabonais voyage, et il ne s’arrête pas à la frontière.
Reste que le mal est ancien, et bien organisé. Le cuivre se cote sur les marchés mondiaux, se transporte sans peine, se fond et se blanchit dans les circuits de la ferraille. À chaque maillon, du gamin qui grimpe au poteau à la nuit tombée jusqu’au négociant qui remplit un conteneur, le trafic tient parce qu’au bout de la chaîne, quelqu’un achète. C’est précisément cette chaîne que l’enquête devra remonter, si elle veut mieux faire que constater les dégâts.
L’enquête ouverte par l’exécutif dira, elle, jusqu’où remonte le fil du cuivre.







