Derrière le pseudonyme de « Kamitatou Lénine d’Andjogo » se cache un profil moins marginal qu’il n’y paraît. Ancien directeur du journal Le Crocodile, présenté comme le fils d’un ancien ministre des Finances d’Omar Bongo, Okoumba cultive de longue date des relations dans l’élite du Haut-Ogooué. Installé en France pendant plus d’une décennie, il a bâti sa notoriété sur une critique frontale des autorités gabonaises, portée à coups d’audios et de vidéos devenus viraux, où son verbe tranchant lui a valu autant d’abonnés que d’ennemis.
Sa critique n’a épargné personne. Ni le clan Bongo qu’il a combattu des années durant, ni le pouvoir issu du 30 août 2023, qu’il avait pourtant vu naître avec un espoir affiché. Il a réclamé à Brice Clotaire Oligui Nguema la révocation de plusieurs responsables, rappelé à l’ordre la ministre de la Défense Brigitte Onkanowa, pris à partie Hervé Opiangah, et, jusqu’en février 2026 encore, résumé son désenchantement d’une formule : « plus rien ne va dans la 5e République ». Ses détracteurs lui reprochent aussi d’avoir versé dans l’incitation à la haine ethnique, un grief que ses charges répétées ont contribué à installer.
Reste la question qui fâche : celle des conditions réelles de ce retour. Selon nos informations, Okoumba a quitté la France sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), consécutive à la perte de son titre de séjour, qui l’avait placé en situation irrégulière. Rien, donc, d’une expulsion pour menace à l’ordre public ni d’une remise à la justice gabonaise : la mesure la plus ordinaire du droit des étrangers.
Mais c’est la mécanique de son exécution qui parle. Faute de titre de séjour valide, un étranger sous OQTF ne peut être renvoyé chez lui qu’à une condition : que son pays d’origine le reconnaisse comme ressortissant et lui délivre un laissez-passer consulaire. Ce document, « condition sine qua non » de tout éloignement dépend du bon vouloir de l’ambassade concernée. En clair : pour qu’Okoumba rejoigne Libreville, il a fallu que l’ambassade du Gabon en France appose ce feu vert. L’État gabonais n’a donc pas seulement assisté au retour de son plus virulent contempteur : il l’a rendu possible.
Ce détail administratif fait voler en éclats la version du retour spontané. Plusieurs médias et un reportage de Gabon 24, ont présenté un choix personnel : raisons familiales, santé de la mère, conviction retrouvée dans les réformes du 30 août 2023. Les excuses publiques de l’activiste, adressées à ceux qu’il aurait « involontairement » blessés, referment habilement la mise en scène.
Pour le vice-président du Sénat Marc Ona Essangui, « les commanditaires bien connus » des audios d’Okoumba maquillent un départ forcé en démarche choisie ; il fustige un « reportage mensonger » sur Gabon 24 et dénonce une « mascarade ».
Sur ses réseaux sociaux, dans un message au ton maîtrisé intitulé « Le calme n’est pas la faiblesse », le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Guy-Bertrand Mapangou, s’est dit quotidiennement insulté et diffamé, mais résolu à ne pas répondre « par la haine ni par l’esprit de vengeance ». Tout en réaffirmant sa confiance dans la justice, il a prévenu que « le silence a une limite : celle de la loi », laissant clairement entendre qu’il entend faire valoir ses droits devant les tribunaux.
Le contraste avec un précédent récent. En août 2016, un autre cyberactiviste, Landry Amiang Washington, connu pour ses charges contre Ali Bongo, était rentré au pays pour la présidentielle. Il n’avait jamais foulé le sol gabonais : cueilli à sa descente d’avion à l’aéroport Léon-Mba, il fut écroué à la prison centrale, puis condamné à trois ans de prison pour outrage au chef de l’État et incitation à la révolte, avant d’être libéré d’office début 2020, après plus de trois ans de détention. Près de trois ans après le changement de regime, l’écart de traitement mesure peut-être le chemin parcouru par le pouvoir.







